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Full text of "La fontaine des amoureux de science composée par Jehan de La Fontaine de Valenciennes, en le comté de Henault, poème hermétique du XVe siècle publié par Ach. Genty"

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LA FONTAINE 

DES 

AMOYEEVX DE SCIENCE 



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Àlençon. — Typ de Poulet-Malassii et De Broise 



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LA FONTAINE 



DES 



ÀMOYKEYX DE SCIENCE 

COMPOSÉE PAR 

I.EHAN DE LA FONT A I NE 

De Valenciennes, en la Comté de Henault 

;î\0EME HERMÉTIQVE DV XV SIECLE 

PUBU* PA» 

A CH. GENTY 




PARIS 



jf>1AOîST:-iv 



POULET-MALASSIS ET DE BROISE 

LIBRAIRES -ÉDITEURS 

97, rue Richelieu et passage Mirés, 16 



4861 

Tous droits réservés. 



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TIRÉ A 355 EXEMPLAIRES : 

450 sur, raisin. 
145 sur vergé. 

50 sur vélin. 

40 sur chine. 




INTRODUCTION 



I 

En l'année 1334, un pape mourut à Avignon. C'était 
le pape Jean XXII. Malgré l'exiguïté de ses revenus, 
il laissait dans son trésor une somme de vingt -cinq 
millions de florins. D'où provenait cette somme ? 

C'était ce même pape qui, seize ans auparavant, 
en 1317, avait lancé contre les alchimistes la bulle 
dont suit la traduction : 

« Les alchimistes promettent ce qu'ils ne peuvent 
tenir. Ils se croient sages, et tombent eux-mêmes dans 
l'abtme qu'ils creusent pour les autres. Ils se procla- 

A 



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ment ridiculement maîtres, et montrent leur igno- 
rance, puisqu'ils s'en réfèrent toujours aux écrivains 
plus anciens. Ils ne peuvent découvrir ce que ceux-ci 
n'ont pas trouvé plus qu'eux, et néanmoins ils consi- 
dèrent comme possible de le trouver à l'avenir. Le 
métal qu'ils présentent sous les noms pompeux d'or 
et d'argent ne peut rivaliser avec ces métaux pré- 
cieux, et les procédés qu'ils indiquent ne sont que 
mots obscurs et vides de sens. Leur audace n'a pas 
connu de bornes. Ils frappent de la fausse monnaie 
et trompent ainsi les peuples. 

» Nous ordonnons que ces hommes soient à tou- 
jours bannis du pays, ainsi que ceux qui se font faire 
par eux de l'or et de l'argent, ou qui sont convenus 
avec eux de leur payer cet or. Nous voulons que leur 
or véritable soit donné aux pauvres, et, s'il n'y a lieu, 
qu'un autre châtiment les atteigne. Ceux qui fabri- 
quent ainsi de faux or sont sans honneur. Les per- 
sonnes du clergé qui se livreraient à la (fabrication de 
l'or, ne trouveront point grâce et seront privées île la 
dignité ecclésiastique. » 

Il est peu vraisemblable qu'un pape, si sévère aux 
alchimistes, ait lui-même pratiqué l'alchimie, et que 
l'origine des vingt -cinq millions de florins trouvés 
dans son trésor, fût dans cette pratique qu'il avait 



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-3- 

luHaorême hautement condamnée. — Cependant o$ Hit 
dans la préface d'un livre alchimique du xv e ou du 
siècle, YArs transmutatoria , que Jean XXII if 
travailler à la pierre philosophale et fabriquer deux 
cents lingots d'or pesant chacun un quintal. On va 
même jusqu'à considérer Jean XXII comme l'auteur 
de ce livre. — Ainsi le pape Jean XXII se serait con- 
damné lui-même!... C'eût été montrer ou beaucoup 
de haine contre l'alchimie ou beaucoup d'humilité 
chrétienne. On en croira ce qu'on voudra. 

Ce fait, toutefois, prouve une chose importante : 
c'est que l'alchimie a été fort en faveur chez B03 
pères. Pour qu'où ait pu, sans trop choquer la vrai- 
semblance , attribuer im livre tel que YArs transmu- 
tatoria à un Souverain Pontife , il fout que l'art her- 
métique ait eu jadis autant de vogue qu'il en a peu 
de notre temps» 

En effet, ce ne sont pas seulement les hommes de 
peu qui, aux xin e , xiv e , xv e , xvi e et xvn f siècles } 
s'adonnent aux travaux alchimiques. Parmi les alchi- 
mistes, on compte jusqu'à des princes et des souve- 
rains. Un de nos éminents écrivains a pu tfire sans 
exagération qu'au xvf siècle,, il n'existait pas de cou- 
vent dans lequel on ne trouvât quelque fourneau con- 
sacré à l'élaboration de l'or. Rodolphe II, empereur 



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d'Allemagne, rélecteur Auguste de Saxe, les empe- 
reurs Ferdinand III et Léopold I er , le roi de Castille 
Alphonse X, la reine d'Angleterre Elisabeth, et maints 
autres, furent ou alchimistes ou protecteurs d'alchi- 
mistes. 



II 

L'alchimie n'est donc pas une page dépourvue d'in- 
térêt, dans l'histoire des sciences. C'en est, au con- 
traire, une des plus curieuses. 

Elle a, comme la Grèce, ses temps héroïques, ou 
fabuleux. C'est dire que son origine se perd dans un 
nuage. Ses principaux héros et héroïnes, sont : Meza- 
raïm, fils de Cham et premier roi d'Egypte, Taut 
Hermès Trismégiste, le philosophe Démocrite, le mage 
Ostanes , Marie la Juive , sœur de Moïse , Aristote , 
Salomon, la reine Cléopâtre. Voilà de bien grands 
noms! — Les temps historiques de l'alchimie com- 
mençent avec l'ère chrétienne. On lit dans Pline l'An- 
cien que Caligula put tirer « un peu d'or d'une grande 
quantité d'orpiment. 1 Ce résultat dut, on le conçoit, 
médiocrement satisfaire l'empereur romain. D'un che- 
val on peut aisément faire un consul-, mais il n'est 



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pas aussi facile de faire de l'or avec une substance 
qui n'est pas or. 

Le vrai berceau de l'alchimie paraît être l'Egypte. 
« Elle y a pris naissance sous l'influence de ce pan- 
théisme , moitié métaphysique , moitié religieux , 
qui s'est formé à Alexandrie durant les premiers 
siècles de l'ère chrétienne, par la rencontre de là 
philosophie grecque avec les croyances exaltées et 
les rêves ambitieux de l'Orient. On remarque , en ef- 
fet, qu'après les personnages fabuleux ou manifeste- 
ment antérieurs à cet ordre d'idées, les premiers 
noms invoqués par la philosophie hermétique sont 
des noms alexandrins : Synésius, Héliodore, Olym- 
piodore, Zosime. Ajoutez cette tradition rapportée par 
Orose au commencement du v* siècle, et recueillie par 
Suidas, que Dioclétien ne pouvant venir à bout des 
insurrections multipliées des Egyptiens, ordonna la 
destruction de tous leurs livres de chimie, parce que 
là était, selon lui, le secret de leurs richesses et de 
leur opiniâtre résistance. Enfin, c'est à un philosophe 
d'Alexandrie, à un philosophe chrétien, probablement 
à la manière de l'évéque de Ptolémaïde, le disciple 
d'Hypathie, que les Arabes se disent redevables de 
toutes leurs connaissances alchimiques. Ce person- 
nage, appelé Adfar, florissait pendant la première 



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moitié du vu 6 siècle, dans l'ancienne capitale des Pto- 
lémées , avec la réputation de posséder tous les se* 
érets de la nature, et d'avoir retrouvé les écrits d'Her- 
mès sur le grand art. C'est lui vraisemblablement qui 
en est l'âfùtenr. & ( Frâûck, Pctraûelsé èt V Alchimie au 
iti« siècle.) 

Malgré tant d'etcelléhtéS raiSdftS, M. Louis Figuîer 
(UAlàhirhie et Us Alchimistes, p 5 J , croit « que l'âl- 
chimie prit naissance cliez fes savants du Bas-Empire, 
dàns éétte heurèuée Ëyzânté àh Iëâléttres et les arts 
trouvèrent ttn refuge au quatrième Siècle contre les 
afgitatfôtâ qui bouleversaient alors tous lès grands 
Etats de l'Europe. » Comme les savants de Cônstanti- 
Ûtiplè entretenaient des relations suivies avec ceux 
ft'Àleiandrie, il est probable <Jue « l'alchimie fut cul- 
tivée presque simultanément en Grèce et dans l'E- 
gjtftè. * 

Un disciple d'Adfâr, Moriéfcus, Côttflitiniquâ , stii- 
Vftnt M. Frânck, là science alchimique au prince 
Ottiffiiade Khaled, fils du calife Yezid, dëVénu le Sôu- 
Vérain de l'Egypte après la conqùête de ce pays Sur 
lës empereurs de Constantinopte; flès lors l'alchimie 
dévint musulmane (vti« siècle). 

Les Arabes se livrèrent avêé ardetir à l'étude de 
Vm hermétique. Ils firent ën sa ftiveur uflô prôpâ- 



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gande active. Ils portèrent l'alcbittie partout où ils 
portèrent leurs armes. — Elle pénètre avec eux eu 
Espagne au viii« siècle, et s'y implante. Dans les 
écoles de Cordoue, de Murcie, de Tolède , de Séville 
et de Grenade, on renseigne, on la pratique. Au tuf 
siècle paraît -le fameux Geber. 

Lorsque l'Espagne mit fin à la domination arabe, 
l'alchimie avait conquis tout l'Occident. Arnauld de 
Villeneuve, Raymond Lulle, Roger Bacon, saint Tho- 
mas , la propagèrent à l'envi. Du xv e au xvu* siècle, 
elle fut en pleine prospérité. 

III 

Gomment tomba-t-elle à ce degré d'abjection oè 
elle se trouve au xix e siècle ? — Exposer le but, ré- 
sumer les travaux des alchimistes, examiner leurs 
faits et gestes, c'est répondre à cette question. 

Le but des alchimistes en général était : 1° de con- 
vertir en or, ou au moins en argent, tous les autres 
métaux, cuivre, plomb, etc. -, 2<> de garantir l'homme, 
ou de le guérir des maladies qui viennent l'assaillir, 
et de prolonger même indéfiniment son existence; 
3» de conquérir tous les pouvoirs , naturels et surua- 



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turels ; de commercer avec les êtres du monde ou des 
mondes supérieurs, etc. 

IV 

Une substance procurait le moyen d'arriver à ce 
but : c'était la pierre ou poudre philosophale, nommée 
aussi grand magistère , grand élixir , quintessence, 
teinture, semence des métaux, spiritus mundi, selon 
qu'elle était plus ou moins parfaite , et s'appliquait à 
tel ou tel objet. — Imparfaite, la pierre philosophale 
n'était pas pourtant sans vertu; elle convertissait 
aussi les métaux, mais en argent seulement. On lui 
donnait alors les noms de petite pierre philosophale , 
de petit magistère, de petit élixir. 

Il n'est pas facile de donner une idée exacte de la 
grande pierre philosophale. Ceux-là même d'entre 
les alchimistes qui l'ont vue et possédée, en parlent 
comme s'il ne l'avaientjamaiseuenivue. VanHelmont, 
qui Fa vue et maniée, dit-il, prétend qu'elle a la cou- 
leur du safran en poudre, qu'elle est lourde et bril- 
lante comme le verre ei* morceaux. Berigard de Pise, 
qui ne l'a ni moins vue ni moins maniée que Van Hel- 
mont, lui donne la couleur du pavot sauvage et Fo- 



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deur du sel marin calciné. Kalid lui décerne toutes les 
couleurs : elle est, suivant lui, blanche, rouge, jaune, 
bleu-de-ciel , verte. « Voilà tous nos philosophes mis 
d'accord ! » dit judicieusement M. Louis Figuier. 

Il n'est pas moins difficile de dire, comment se pré- 
parait la pierre philosophale. Cette obscurité, qui 
plane à peu près sur chaque phrase des livres alchi- 
miques et que signale la bulle du pape Jean XXII , 
ne permet pas d'en saisir nettement le mode de pré- 
paration. C'était, du reste, par système que les alchi- 
mistes s'environnaient de ténèbres. « Pauvre idiot, dit 
un peu crûment le philosophe Artéphius à son lecteur, 
serais -tu assez simple pour croire que nous allons 
Renseigner ouvertement et clairement le plus grand 
et le plus important des secrets , et prendre nos pa- 
roles à la lettre?» Heureux Artéphius! il écrivait au 
xi e siècle ! — Basile Valentin, Arnauld de Villeneuve, 
Raymond Lulle menacent des plus terribles châti- 
ments l'alchimiste assez osé pour parler intelligible- 
ment. La malédiction du Très-Haut, l'apoplexie, la 
damnation éternelle, telles sont les peines qui atten- 
dent l'indiscret. « II est défendu par l'ordonnance di- 
uine , dit Denis Zacaire , de publier nostre science en 
termes telz qu'ilz soyent entenduz du commun. » 
( Opuscule très-excellent de la vraye philosophie natu- 



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relie des met aulx, Lyon , B. Rigaud , 1574 , p. 12 de 
l'avis Au Lecteur débonnaire). Aussi ne doit-on pas 
s'étonner que Jean d'Espagnet s'exprime en ces termes 
quelque peu énigmatiques : t Prends une vierge ailée 
qui soit bien lavée et purifiée, et qui soit enceinte par 
la vertu de la semence spirituelle de son premier mari, 
sans que pourtant sa virginité soit lésée : marie-la 
sans soupçon d'adultère avec l'autre homme », elle con- 
cevra de nouveau avec la semence corporelle du mari, 
et elle mettra au monde un enfant honorable des deux 
sexes : la pierre philosophale. » 

Au seizième siècle, toutefois, le langage énigma- 
tique des alchimistes tend à se clarifier. La pierre 
philosophale (ou semence des métaux) s'obtient à cette 
époque avec deux substances ; l'or ordinaire (semence 
mâle), et le mercure des philosophes, ou premier agent 
(semence femelle). On peut se procurer aisément la 
première de ces deux substances ; mais où trouver la 
seconde P C'est là que gît la difficulté. Suivant les uns, 
le mercure des philosophes se trouve dans le mercure 
ordinaire-, suivant les autres, dans l'arsenic. Ceux-ci 
prétendent qu'il réside dans l'antimoine; ceux-là, 
dans l'étain. Le sel marin, le salpêtre, le vitriol, le 
suc de la chélidoine, la primevère, la rhubarbe du 
Pont, les os, la chair, le sang, la salive, les poils, l'u- 



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rine, jusqu'au lait des vierges, jusqu'au sang des 
Menstrues, tout est recommandé, tout est examiné, 
tout est scruté. Le mercure des philosophes n'est 
nulle part. —^Pardon! le voici : « Pour obtenir le pre* 
mier agent , dit Haimon , il faut se rendre à la partie 
postérieure du monde, là où l'on entend gronder le 
tonnerre, souffler le vent, tomber la grêle et la pluie, 
c'est là qu'on trouvera la chose, si on la cherche. » 
Cela est clair, mais odieusement malpropre. — Quelle 
aberration ! 

Il suffisait, pour transmuer en or le plus infime des 
métaux, de \è mettre en contact arvec la pierre philo- 
sôphale dans Yovttm philèsophicum. C'était un vase 
06 se plaçaient les matières propre» à la confection 
du grand oeuvre. On l'appelait aussi athanor i «t nrat- 
*0fe du poulet des sages. La puissance de la pierre phi* 
losophale, comme agent transmutateur, ne connais» 
sait vraiment pas dé bornes. 1 Si l'Océan * disait 
Raymond Lulle 1 était du mercure^ j'en ferais de l'or; 
mare tfmgerevni, si mercurius esset. » On voit par là 
tju'il fallait peu de pierre philosophale pour opérer. 
Le tout était d'obtenir ce peu. Salmon prétend qu'il 
convertirait èn or toutes les quantités de métal qu'on 
voudrait bien lui fournir, jusqu'à l'infini. Quand va 
m mêle de foire de Tor rJ on n'en saurait troprfaire. 



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— 12 — 

Pour guérir pu préserver des maladies , pour don- 
ner à la vie humaine une durée illimitée , on faisait 
usage de pierre philosophale comme on fait usage de 
grains de santé -, dans ce cas , elle portait le nom de 
panacée. — La pierre philosophale se prétait complai- 
samment à tout, sinon à tous. 

V 

Si les alchimistes se fussent contentés d'écrire des 
livres inintelligibles , on ne serait pas absolument en 
droit de leur infliger un blâme. Mais ils ne s'arrê- 
tèrent pas en si beau chemin. Us voulurent prouver 
que, si leur style était obscur , leur science était ré- 
elle. Malheureusement , qui veut trop prouver, ne 
prouve rien. 

Les alchimistes eurent la malencontreuse idée d'o- 
pérer effectivement des transmutations. En Angle- 
terre , Raymond Lulle fabrique , pour le compte du 
roi Edouard III, les nobles à la rose; en Suède, Paykùll 
fabrique des ducats pour Charles XII. Orthulain , Ru- 
pescissa , Odomar jouissaient d'une haute renommée 
sous les rois de France Philippe de Valois, Jean et 
Philippe le Bel, que l'histoire regarde comme de faux 



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— 13 — 

monnayeurs. On a vu précédemment que des souve- 
rains ne dédaignèrent pas de labourer de leur propres 
mains. 

L'alchimie et les alchimistes se seraient, néanmoins, 
tirés d'affaire , s'ils s'étaient bornés à travailler pour 
le compte des souverains ou à collaborer avec eux. 
Ce qui causa leur perte, c'est qu'ils eurent la préten- 
tion de travailler aussi pour eux-mêmes. Le grec Bra- 
gadino, le suisse Léonard Thurneysser, l'italien Boni, 
et beaucoup d'autres, amassèrent de grandes ri- 
chesses. 

Le seul exposé des fraudes , auxquelles eurent re- 
cours les alchimistes, nécessiterait plusieurs volumes. 
En 1722, Geoffroy l'alné en fit une sorte d'abrégé his- 
torique, dont on ne saurait trop, aujourd'hui encore, 
recommander la lecture. C'est significatif et édifiant. 

VI 

On conçoit que , pour des hommes qui savaient si 
cavalièrement prouver que la pierre philosophale va- 
lait de l'or en barre, prouver qu'elle guérissait de 
tous maux et prolongeait indéfiniment la vie, ce n'é- 
tait que jeu. Le philosophe Artéphius prétendait avoir 



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999 ans passés, L'ermite Trautmansdorf avait 140 au* 
et le frère de la Rose-Croix, Gualdo, en avait quatre 
cents. Il fut démontré que si Noé eut des enfant* à 
l'âge de cinq cents ans ? c'est qu'il possédait la pierre 
philosophais 

Nicolas Flamel offre un des cas les plus curieux do 
longévité alchimique. Mort en 1418, au su de tout 
Paris, il vivait encore, ce nonobstant, au commence- 
ment du 17 e siècle. Le voyageur Paul Lucas dit avoir 
rencontré dans l'Inde l'un des plus intimes amis de 
l'adepte. Pernelle, femme de Flamel , morte quelques 
années avant lui, vivait aussi. — Ce n'est rien. En 
1818, Flamel, alors âgé de quatre cents ans, occupait 
à Paris une maison sise rue de Çléry, n° 22. Il faisait 
annoncer, par les journaux, l'ouverture d'un cour» 
de philosophie hermétique , moyennant 300,000 fr. 
par élève. Personne ne s'étant présenté, on présume 
que de dépit il sera retourné dans l'Orient... ou ail- 
leurs. Oncques depuis il ne fut revu. Faut-il désespé- 
rer de le revoir?... On ne fait pas toujours bonne 
garde à Cbareuton. 



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— 15 — 



VU 

Tontes ces manœuvres , à défaut des progrès de la 
science , ne pouvaient avoir qu'un résultat : celui de 
déconsidérer les alchimistes et même l'alchimie. — 
En 1317, le pape Jean XXII les condamne-, en 1380, 
le roi de France, Charles V, les persécute. Henri IV, 
roi d'Angleterre, imita le roi de France en 1404. — 
Mais ce ne sont pas les souverains qui portèrent aux 
alchimistes les plus rudes coups. Ce furent les écri- 
vains. Et encore ceux-ci ne commencèrent-ils d'être 
écoutés qu'au seizième siècle. Thomas Eraste, Con- 
ringius, Verner Rolfink, Kircher, Jérôme Cardan, 
H. Corneille Agrippa , furent les premiers qui réus- 
sirent à faire soupçonner le néant de la philosophie 
hermétique. 

« Les alchimistes, dit Cardan, peuvent muer la cou- 
leur et le poids : mais ils ne peuvent muer la subtilité, 
et fermeté.» (De la subtilité, trad. franç. de R. le 
Blanc, Paris, 1584, p. 157). — « L'art chrymistique, 
dit-il ailleurs (p. 395), vulgairement dict alcmie, con- 
tient plusieurs choses admirables, plusieurs inutiles, 
plusieurs douteuses, plusieurs belles, aucunes salu- 



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— 16 — 

taires, aucunes d'efficace, aucunes presque diuines , 
plusieurs de nulle conséquence, aucunes de grande 
espérance, aucunes de grande iacture et péril, qui 
surmontent les autres en nombre. » 

Agrippa l'alchimiste, le nécromancien, revenu des 
erreurs de sa jeunesse s'écrie : 

« Des bons esprits suspecte est l'alchemie, 
Et ses supposts plaire ne peuuent mie ; 
Par tant d'abbus les hommes entretient 
Qu'elle et ses faicts en ruine dénient, 

» En essayant de transmuer les formes et espèces 
des choses , et forger vne certaine benoiste pierre 
philosophale qu'ils appellent , par l'attouchement 
de laquelle toutes choses soient soudainement con- 
uerties en or ou argent, selon le souhait de Midas, 
et si s'efforce de tirer du ciel haut et inaccessible vne 
certaine quint'essence, par laquelle se font fort les al- 
chimistes de donner, non pas seulement des richesses 
excédantes celles de Gresus , mais , qui plus est , de 
remettre l'homme en sa florissante ieunesse, et entière 
santé, dechassant de luy la vieillesse, et presque le 
rendre immortel. 

» Mais de tous ceux qui font estât de la science, 
PTy a cil qui d'effet en donne expérience. 



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— 17 — 

» Seulement en montrent quelques essais, assem- 
blent quelque peu d'argent par ceruses f vermillon», 
antimoines, semons x et autres drogues serrons à farder 
les femmes > peindre et emplastrer les vieilles , les* 
quelles l'escriture appelle onguens de paillardises, et 
par ce moien dressent la boutique de Geber : dont est 
venu le commun prouerbe : Que tout alchemiste est 
ou médecin ou sauonnier, et enrichit les oreilles des 
hommes par paroles : mais son intention est de vuider 
leurs bourses. Et pour claire coniecture de la vanité 
et nullité de leur art , est à noter qu'ils demandent 
tousiours quelque esçu à ceux à qui ils font promesse 
de grandes richesses , par où Ton voit que ce ne sont 
que bourdes et resuenes d'esprit mal composez. » 
(Paradoxe sur l'incertitude, vanité et abus des sciences, 
S. L. 1582, p. 397, etsuiv.) 

Plus loin, Agrippa fait preuve r envers ses anciens 
confrères, d'une animosité qui s'explique peu. Aurait- 
il lui-même été victime de leurs manigances philoso- 
phiques? « C'est à bon droit, dit-il, que les loix ro- 
maines condamnent cest art, et la chassent de la Répu- 
blique, et est prohibée en l'Eglise chrestienne par les 
décrets des sacrez canons. Et s'il estoit prattiqué ainsi 
auiourd'huy, que ceux qui sans bonne licence du 
Prince exercent l'alchemie fussent chassez des royau* 

2 



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— 18 — 

mes et prouinces, leurs biens confisquez, et eux punis 
au corps , il est certain que l'on ne terrait point tant 
de fausses espèces de monnoye par lesquelles vn chacun 
est deceu au grand dommage et perte du public (1). 
le croy que pour congnoistre ces trompeurs iadis fut 
faicte la loy d'Amasis roy d'Egypte, par laquelle il 
estoit enioinct à vn chacun de comparoistre deuant 
vn magistrat à ce ordonné, et là donner raison et dé- 
clarait par quels moyens il s'entretenoit et viuoit, et à 
faute de ce faire peine de mort y estoit establie. » 

La peine de mort! ô Agrippa! qu'avez-vous dit? 
Est-ce que, dans votre indignation, — semblable à 
l'un des meilleurs hommes de ce temps-ci, dit-on, le- 
quel déclarait un jour que , si le bûcher de Jean Hus 
était jamais relevé, ce ne serait pas un seau d'eau 
qu'il y apporterait, — est-ce que , grand alchimiste , 
grand nécromancien, vous eussiez voulu voir, de vos 
deux yeux voir, ce qui s'appelle voir, vos ex-confrères 
et collaborateurs pendus la hart au col, étranglés 
court et net? Les alchimistes « sont meschans sur tous 
les hommes,* dites-vous. D'où savez-vous cela?.... 

(4 ) Ceci indique pourquoi la science alchimique « estoit haye du 
commun populaire , » suivant l'expression de D. Zaohaire , Introd. , 
p. 9. — Ce n'était pas tant la scienee que les « tromperies et {mises 
sophistications, » (Eod. loc.) qu'on haïssait. 



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— 19 — 

Et, au fond, qu'est-ce que cela peut vous faire P Dieu 
n'est-il pas là pour séparer les bons des méchants, le 
bon grain de l'ivraie ? Laissons-le faire. Quelque clair- 
voyant qu'on soit, ne voit-il pas mieux, plus avant et 
plus loin ? 

Bernard Palissy ne professe pas pour les Alchimistes 
moins d'inflexibilité qu'Agrippa. « Et îe sçay bien, 
dit-il, que toutes les additions et sophistiqueries qu'ils 
sçauent faire, ont causé vn millier de faux mon- 
noyeurs : par ce qu'ils ne se peuuent deffaire de leur 
marchandise sinon en monnoye, car s'ils la vendoyent 
en lingots la fausseté se trouueroit à la fonte. Mais 
ils se desfont aysément de monnoye à toutes gens... » 
(Discours admirables, etc., édit. Cap, p. 199.) Un peu 
plus bas, Palissy rapporte une histoire bizarre. Un 
prévôt de Saintes avait saisi un faux monnayeur. Ce- 
lui-ci fit des révélations fort graves. Il signala comme 
« se meslant de son mestier » cent-soixante individus. 
« Et quant ie dis audit preuost, continue Palissy, 
pourquoy il ne faisoit prendre lesdits monnoyeurs 
nommez en son rolle, il me respondit qu'il n'oseroit 
l'entreprendre : parce qu'au nombre d'iceux il y auoit 
plusieurs iuges et magistrats, tant du Bordellois, Peri- 
gord que de Limosin (1). » — Si tous faisaient ainsi de 

(4) Dans les Discours admirables, an Traité des Métaux et Alcki- 



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— 20 — 

la fausse monnaie, dans ce bon seizième siècle, qui 
donc avait le droit de se plaindre? Lorsqu'on est tour 
à tour voleur et volé, on doit absoudre-, on ne peut 
pas condamner. 



VIII 

Peut-être, cependant, l'alchimie eût-elle vécu, mal- 
gré les attaques dqnt elle était l'objet, malgré les un- 
postures des adeptes, et même malgré les progrès de 
la science. Mais elle renfermait en elle un germe de 
Wgrt qui, tôt ou tard, devait se développer et la tuer : 
Je ridicule. 

On a vu déjà quelques échantillons du style des air 
chimistes. Affectation , obscurité, lourdeur, hyperbo» 
lisme , il a toutes les conditions voulues pour faire 
rurç oi| fatiguer. Maintenait il convient de passer en 
r^vqe certaines idées ou prétentions des philosophes 

mie, on lit que m les métaux sont engendrez à'vne eau, a sçauoir 
d'eau salée , ou pour mieux dire d'vn sel dissout. » — -M. Tiffô- 
rea», 5f Uêmoin, p. 24, <JH : « La fixation de l'oxygène, sa conv- 
bjnaisoû plus ou moins durable avec Vkydroyène A sous Faction d'un 
composé azoté j voilà pour moi la clef de la transformation des 
métaux. » 



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— 21 — 

par le feu. Nous abordons ce qu'on a appelé l'alchimie 
mystique» 

La magie blanche et même la magie noire étaient 
loin d'être dédaignées par tous les adeptes. Dans la 
fabrication du Grand Œuvre, quelques-uns s'aidaient 
de la première, c'est-à-dire faisaient intervenir Dieu 
ou ses anges ; quelques autres s'aidaient de la se- 
conde , c'est-à-dire s'adressaient au diable. L'impos- 
teur Braganino avait à ses ordres deux dogues noirs 
qui sentaient fort le fagot. Thurneysser disposait d'un 
scorpion qui, certainement, n'avait rien d'orthodoxe. 

Vhomunculus joue quelquefois un rôle assez impor- 
tant. On appelait ainsi un petit animal ou un homme 
en miniature fabriqué par les procédés spagyriques 
( voy. Figuier, p. 67). Paracelse en donne la recette 
en ces termes : « Hoc modo procedendum est : 
Sperma viri per se in cucurbitâ sigillatâ putréfiai 
summâ putrefactione ventris equini per quadragimla 
dies, aut tandiû donec incipiat vivere et moveri et agi* 
tari, quod facilè videri potest. Post hoc tempus aliquo 
modo homini simile erit, ac tameir pellucidum et dine 
corpore. Si jam posthac quotidiè arcaao sangumts 
hurnani eauté et prudenter nutriatur et pascatur t et 
per quadraginta septhûanas m perpetuo et seqtiabiH 
catore ventris equini conservetur, fit indè verus et 



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— 22 — 

vivus infans, habens omnia membra infantis, qui ex 
muliere natus est, sed longé minor. Hune nos Homun- 
culum vocamus , et is posteà eo modo diligentiâ et 
studio educandus est, donec adolescat et sapere et 
intelligere incipiat. Hoc jàm est unum ex maximis se- 
cretis quae Deus mortali et peccatis obnoxio homini 
patefecit, etc. » (De naturd rerum, vol. 2, lib. 1, p. 
86, Genève). Vhomunculus a des propriétés nom- 
breuses. Paracelse les énumère : « Si per ilios ( ho- 
munculos ) hominem quemdam à morbo liberare velis 
et sanare , opus est ut imaginem ejus illinas et jun- 
gas. Si amorem, favorem et gratiam conciliare vis,' 
homunculos geminos faciès , quorum alter alteri ma- 
num porrigat, amplexetur, osculetur , et similia alia 
faciat amoris officia. Si absentum ex locis dissitis do- 
mum pertrahere velis, ut quotidiè tôt miliaria confi- 
ciat, totidem et jam milliaria conficiet imago ejus in 
rotâ, procedens ex eo loco, ex quo homo ipse facere 
débet. Sic si tutus ab hostium armis esse cupias, ima- 
ginem tuam ex ferro vel chalybe parabis, et velut in- 
cudem indurabis. Si hostem ligaturus es , liga ejus 
imaginem. Haec tibi etiam exempla sufficiant, ex qui- 
bus plura ipse deprimere poteris. » ( De imaginibus, 
cap. 12, p. 502). N'est-il pas profondément Jregrettabîe 
qu'un homme de génie comme Paracelse soit tombé 



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si bas ? Dans quels travers durent donner les autres 
alchimistes! En voici encore quelques exemples. 

L'alcaest était le dissolvant par excellence, l'agent 
qui pouvait donner à tous les corps sans exception la 
forme liquide. Paracelse le premier avait signalé son 
existence. Groirait-on que cette chimère occupa tout 
le xvii« et près de la moitié du xviii* siècle? Van Hel- 
mont prétendit avoir possédé l'alcaest. Tackenius, 
Glauber, et beaucoup d'autres, ne voulant pas rester 
en arrière de Van Helmont, affichèrent les mêmes pré- 
tentions. Il fallut deux siècles pour que l'alcaest dis* 
parût du cercle des discussions scientifiques. « Si 
l'alcaest dissout tous les corps, s'avisa-t-on de dire 
enfin, il doit dissoudre aussi le vase qui le renferme; 
s'il dissout la silice , il doit dissoudre aussi le verre 
qui est formé de silice. » Gette réflexion si simple 
n'était venue à l'esprit de personne avant Kunckel. 

La palingénésie était l'art de reproduire les plantes 
au moyen de leurs cendres. On brûlait une plante et 
Ton en recueillait les cendres. Ces cendres, on les 
confiait à la terre, et il en naissait une plante nou- 
velle. On devine que la science n'avait rien à voir 
dans ce tour, digne de Robert Houdin ou d'Hamilton, 
son successeur. Si l'on eût bien examiné les cendrés, 
on y eût trouvé des graines. 



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— 24 — 



Aujourd'hui, Ton connaît peu la nature et la com- 
position du Péché. La théologie le définit vaguement: 
a Toute atteinte à la loi de Dieu. » Basile Valentin le 
représente comme le résidu de la sublimation de nos 
parties célestes. Un alchimiste plus moderne, Eckart- 
«sbausen, entre dans d'assez longs détails sur ce sujet 
scabreux. Il donne la composition de chaque péché. 
11 fait plus : il en révèle la cause déterminante. Quelle 
est cette cause? Le gluten. Oui, le gluten, cette sub- 
stance que possèdent toutes les céréales, et dont 
^homme et les bétes font, plus ou moins, leur nour- 
riture qqotidienne. Le gluten se trouve également 
dans le sang humain; il y subit des modifications pro- 
voquées par nos désirs sensuels, et détermine ainsi 
lias mauvais penchants. « Dans son état de dilatation 
le plus grand, il produit l'orgueil \ dans son état d'at- 
traction, l'avarice et l'égoïsme; dans son état de ré* 
pulsion, la rage et la colère; dans son état de rota* 
tion, la légèreté et la luxure, etc. » C'est dans le 
Nuage qui plane au-dessus du sanctuaire qu'on lit cet 
jolies choses. On n'en sauvait trop peu recommander 
U kc&uro. 



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— 25 — 



IX 

Jusqu'ici il n'a guère été question que du côté gro 
tesque de l'alchimie. Mais si elle fut, comme la phi- 
losophie, le récipient d'un grand nombre des aberra- 
tions de l'esprit humain , elle accueillit aussi beau- 
coup d'idées ou justes ou grandes. L'alchimie a un 
côté sérieux. 

L'idée-mère de l'alchimie était la composition des 
métaux. Selon les alchimistes, les métaux n'étaient 
pas des corps simples (c'est-à-dire offrant à l'analyse 
des éléments toujours identiques) -, pour eux, c'étaient 
des corps composés. — De plus, la composition des 
métaux était uniforme; elle ne Tariait jamais. Les mé- 
taux se composaient tous de mercure et de soufre. 
La quantité de ces deux éléments, leur qualité, voilà 
ce qui constituait la différence entre les métaux. Ainsi 
l'or ne différait du cuivre qu'en ce que le premier de 
ees métaux était formé de beaucoup de mercure très- 
pur uni à une petite quantité de soufre aussi très-pur. 
Le cuivre différait de l'or, parce que le mercure et le 
soufre entraient en quantités égales dans sa compo- 
sition, etc. — La conséquence de ces principes était 



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— 26 — 

la possibilité de la transmutation Si, en effet, les mé- 
taux étaient des corps composés, si leur composition 
était uniforme et que la proportion seule de leurs 
éléments causât leurs différences, il n'y avait qu'à 
faire varier la proportion de ces éléments pour obte- 
nir le métal voulu. Ce n'était qu'une affaire de pa- 
tience. 

On trouve dans les livres hermétiques une autre 
idée : celle de la génération des métaux. Dans le sein 
du globe, les métaux, croyait-on, s'élaboraient comme 
s'élabore le fœtus dans la matrice des animaux. Us 
étaient doués d'une espèce de vie, et pouvaient passer 
de l'état imparfait à l'état parfait, comme ils pou- 
vaient de l'état parfait revenir à l'état imparfait. L'or 
était l'idéal de la perfection métallique. L'argent ve- 
nait ensuite. Les autres métaux étaient réputés vils. 
Cette idée de la génération des métaux n'est que le 
complément de celle de leur composition. — Elles 
devaient nécessairement produire une troisième idée : 
celle de l'existence d'une sorte de semence des mé- 
taux, metallorum sperma, agissant, soit à la façon des 
substances fécondantes des animaux, soit à la ma- 
nière des ferments. De là, l'invention de la pierre 
phjlosophale. 



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— 27 — 



X 

Dans la pratique, les alchimistes eurent tort. On 
Ta vu de reste. En théorie eurent-ils raison P Est-^ 
possible, dans l'état présent de la science, de porte j 
sur eux un jugement définitif? En d'autres termes, 
les métaux sont-ils des corps simples ou des corps 
composés? Si les métaux sont des corps simples, le 
problème de la transmutation se complique; si ce 
sont des corps composés, il est résolu. On saisit l'im- 
portance de la question. 

La science officielle enseigne et soutient, depuis 
'soixante ans, le principe de la simplicité des métaux. 
Dans son enseignement oral, dans son enseignement 
écrit, ce principe est considéré comme à peu près 
inébranlable. La science officielle fait son devoir. Elle 
ne doit pas sortir du territoire des faits acquis (1). 

(4) On a souvent fait un crime à l'Académie des sciences de sa 
pusillanimité. Elle manque d'audace , dit-on. Elle a refusé de re- 
connaître tout d'abord une foule de découvertes t qiai -plus tard oui 
fait leur chemin. Ces reproches soitt injustes. ep sera^on 
si P Académie des sciences accueillait immédiatement, toutes les con- 
ceptions qu'on lui soumet? Quel chaos dans la science! — ($ést 
lorsqu'on étudie l'histoire de l'alchimie que l'utilité d'une Acadé- 



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— 28 — 



Ce principe, toutefois, n'est pas inattaquable. Si les 
faits dont on dispose aujourd'hui, et qui le combat- 
tent, ne sont ni assez nombreux ni assez forts pour 
le renverser, du moins suffisent-ils pour lui enlever 
de son autorité. Voici ces faits : 

1° Quatre substances simples (l'oxygène, l'hydro- 
gène, le carbone et l'azote), entrent seules, au dire 
des chimistes, dans la composition des corps organi- 
sés. Or, ils veulent que plus de soixante éléments 
soient nécessaires à la formation des combinaisons 
minérales. N'y a-t-il pas là contradiction? Ainsi, l'at- 
mosphère qui nous entoure et dont l'épaisseur n'est 
pas inférieure à 15 ou 20 lieues, l'eau qui occupe les 
trois quarts du globe, toutes les créations animales 
et végétales, n'exigeraient que quatre substances, 
tandis que la masse solide du globe en exigerait au 
' delà de soixante pour sa composition ! N'est-il pas 

mie d«s sciences se comprend. Les alchimistes eussent-ils commit 
tant de fautes, avancé tant de billevesées, et finalement perdu l'al- 
chimie , s'ils eussent senti le frein salutaire d'une Académie. — 
Qtie, dans leur feuilleton scientifique hebdomadaire, les journaliste» 
se montrent infiniment moins sévères; rien de mieux. Us sont dans 
leur rôle de remueurs é idées. C'est, du motus, ainsi que nous l'en- 
tendions , quand h feuilleton scientifique de la Getxette ét Froncé 
nous était confié. — Maïs l'Académie Soit faire à peu près le eoff- 
traire de ce que font les journalistes. Où irait-on sans celaf 



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— 29 — 

probable que, si quatre substances seulement suffisent 
aux actions moléculaires des produits organiques, elles 
suffisent pareillement à toutes les exigences des com- 
binaisons minérales? 

2° Il n'est pas vrai que tous les métaux soient des 
corps simples. L'ammonium, métal nouvellement dé- 
couvert dans les sels ammoniacaux, est composé d'hy- 
drogène et d'azote. « On a réussi, depuis quelques 
années, à produire toute une série de composés ren- 
fermant un véritable métal, et ce métal est constitué 
par la réunion de trois ou quatre corps différents. Le 
nombre des combinaisons de ce genre s'accroît cha- 
que jour, et tend de plus en plus à jeter du doute sur 
la simplicité des métaux. » (Figuier, p. 75.) 

3° Les appareils de chimie n'ont pas atteint leur 
plus haut degré de perfection. N'est-il pas possible 
qu'ils soient impuissants à constater la présence de 
certains des corps qui entreraient dans la composi- 
tion d'un métal ? Supposons , par exemple , que l'or 
séit formé par la combinaison de l'oxygène (1) en un 
état autre que le gazeux et d'une autre substance. 
Gomment découvrir dans l'or la présence de i'oxy-. 

(4) Le platine, l'or et l'argent s'oxydent moins facilement que 
les antres métaux. Cela n'indiquerait-il pas qu'ils sont satures d'oxy- 
gène ou qu'ils ont plus d'oxygène que ceux-ci? 



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— 30 — 

gène, s'il s'y trouve, par exemple, à l'état solide? — 
On possède un métal à l'état liquide, le mercure-, 
l'oxygène à l'état solide n'offrirait rien de plus sin- 
gulier. — Depuis combien de temps, d'ailleurs, a-t-on 
pu constater cet état particulier affecté par l'oxygène 
et auquel on a donné le nom d'ozone? 



XI 



Mais en supposant que les métaux soient réelle- 
ment des corps simples, il n'y aurait pas lieu de com- 
plètement désespérer de la réalisation du rêve alchi- 
mique. Le principe auquel on a donné le nom d'&o- 
mérie, est loin de ravir tout espoir. 

Longtemps on crut que deux corps possédant une 
même composition chimique , avaient les mêmes pro- 
priétés. Les alchimistes, conséquents avec eux-mêmes, 
professaient l'opinion contraire. L'expérience a fini 
par donner raison aux alchimistes. Il est aujourd'hui 
rëconnu que deux substances peuvent présenter la 
même composition chimique et posséder des proprié- 
tés différentes. Ainsi l'acide fulminique et l'acide cya- 



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— 31 — 

nique contiennent les mêmes quantités de carbone, 
d'oxygène et d'azote; le premier (dans les fulminates) 
détone à la plus faible élévation de température ; le 
second (dans les cyanates) résiste à la chaleur rouge. 
Ainsi encore l'acide cyanydrique et le formiate d'am- 
moniaque, etc. « La forme, le nombre et l'ordre, ne 
sont donc pas, suivant l'expression d'Aug. Laurent, 
moins essentiels que la matière. » C'est la constitution 
moléculaire d'un corps, non sa composition chimique, 
qui fait ses propriétés. — Maintenant, l'isomérie qui 
atteint les corps composés, ne saurait-elle frapper 
aussi les corps simples ? L'or et le cuivre ont des pro- 
priétés différentes-, mais en présence des faits qui pré- 
cèdent, on ne peut plus affirmer que ce soient deux 
substances différentes. Or, si le cuivre et l'or ne dif- 
féraient réellement que par leur constitution molé- 
culaire, qu'en résulterait- il ? Le rêve alchimique pour- 
rait passer en fait. 

Une autre découverte de M. Dumas induit à penser 
que les corps simples sont isomères. En comparant 
les propriétés générales des corps isomères aux pro- 
priétés des métaux, il a constaté que ceux-ci repro- 
duisaient certains caractères appartenant à ceux-là. 
« Dans toutes les substances présentant un cas d'iso- 
mérie, on trouve habituellement des équivalents égaux, 



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— 92 — 

ou bien des équivalents multiples ou sous-multiples 
les uns des autres* Or, ce caractère se retrouve chez 
plusieurs métaux. L'or et l'osmium ont un équivalent 
presque identique. Il est rigoureusement le même 
pour le platine et l'iridium, etc* » Enfin, un chimiste 
anglais, le docteur Prout, a reconnu que les équiva- 
lents chimiques de la plupart des corps simples sont 
des multiples exacts du poids de l'équivalent de l'un 
d'entre eux (voy. Figuier, p. 352 et suiv.) 

Autre fait très*- remarquable. « On voit, dit Dufné- 
noy (à propos d'un alliage natif d'or et d'argent dé- 
signé par Klaproth sous le nom d'electror»), des la- 
melles qui présentent la couleur jaune de For, tan* 
dis que d'autres sont d'un blanc jaunâtre; en sorte 
qu'en choisissant les parties différentes par la couleur 
on obtiendrait des compositions très-variées. » Miné* 
ralogie, t, III, p. 202). — M. Th. Tiffereau (le seu* 
alchimiste sérieux qu'ait eu l'alchimie peut-être), en 
tire cette conséquence. « N'est-ce pas là, dit-il, un de 
ces faits que la nature nous montre comme exemple 
de la transformation de l'argent en or? Comment con- 
cevoir et expliquer la formation de ces alliages si 
variés de ces deux métaux dans un même minerai, si 
ce n'est par le passage de l'argent à l'état d'or, parée 
que certaines lamelles ont été plus proches du cou- 



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— 33 — 

rant générateur que j'appelle courant électrique, qui 
a favorisé dans certaines lames le passage d'une plus 
grande quantité d'argent à l'état d'or, tandis que les 
autres, étant plus éloignées ou ne recevant qu'une 
plus faible portion du courant, ont produit dans le 
même temps des quantités d'or de plus en plus fai- 
bles? » (6 e Mémoire, 1854, p. 69.) — L'alchimie, 
comme on voit, dépouille le vieil homme, et entre 
dans la voie scientifique. 

XII 

Le principe alchimique de la génération des mé- 
taux, et l'existence du ferment ou dè la semence mé- 
tallique, à laquelle on a donné le nom de pierre phi- 
losophai, ne peuvent se défendre aussi avantageu- 
sement que le principe de la composition et la non- 
impossibilité de la transmutation des métaux. — Dans 
l'état de la science, il est prudent de garder le silence 
sur ces deux questions. 

XIII 

Les alchimistes voyaient -ils nettement les consé- 
quences de la transmutation des métaux vils ou im- 

3 



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— 34 — 

parfaits, en métaux nobles ou parfaits? Il est permis 
d'en douter. 

« Pleust à Dieu, dit Flamel (ou phrtftt Fauteur qui 
se cache sous son nom), — pleust à Dieu que chascun 
sceust faire êe l'or à sa> volonté y afin que l'on vesquît 
menant paîstre ses gras troupeaux, sans rsure et pro- 
cez, à l'imitation des sainctz patriarekes, vsant seule- 
ment, comme les premiers pères, de permutation de 
chose à chose, pour laquelle il fauldroit trauatller 
aussi bien que maintenant. » (Figures hiéroglifi- 
ques, etc.) 

La pierre philosophale, on en conviendra, n'aigui- 
sait pas extraordinaîrement la perspicacité de ses 
possesseurs. Qui ne voit, en effet, que, l'or et l'argent 
avilis, dépréciés, — on serait contraint à se rejeter 
sur une autre valeur manuelle? Pour revenir aux 
temps primitifs, à ces temps, — heureux, dit-on, — 
où l'on menait paistre ses gras troupeaux (lorsqu'on 
avait la chance d'en avoir), il faudrait, non pas seu- 
lement que l'or, l'argent, le platine, les pierres pré- 
cieuses, eussent subi une dépréciation immense-, il 
faudrait surtout que l'esprit humain eût subi une ré- 
volution complète Toute une révolution intellectuelle 
serait indispensable. — On eu est loin, grâce à Dieu ! 
Ingres parait-il disposé à brûler Raphaël? Hugo à 



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— 35 - 

rôtir Corneille et Shakspeare? Dumas le chimiste bri- 
sera-t-il ses fourneaux et cornues? Rothschild re- 
noncera-t-il à ses vastes spéculations, aliments de l'in- 
dustrie des deux mondes? On peut hardiment défier 
la pierre philosophale d'opérer ces transmutations- 
là (1). Telle est cependant la condition sine qud mm 
du retour de l'homme vers son berceau et au système 
d'échange préconisé par le bon flameL 

Si la transmutation métallique se réalise un jour, 
si les substances précieuses deviennent viles, ce n'est 
point au temps des patriarches que les sociétés h»* 
marnes remonteront. Elles entreront dans une non» 
velle phase financière. Voilà tout. — Chose grave sans 

(4) Voici, selon nous, le meilleur argument en faveur du pro- 
grès , et celui qui affirme le mieux sa réalité. Malgré les besoins 
plus nombreux, malgré les souffrances morales plus nombreuses et 
plus vives , qui atteignent l'homme intelligent , il n'en est pas oa, 
peut-être, qui ne souhaite à ses enfants une intelligence supérieure, 
pas un qui ne cherche à développer leur intelligence rudimentaire. 
Est-ce simplement affaire d'amour-propre f Non pas. L'homme in- 
telligent sait que, si les besoins et les souffrances morales sont en 
raison directe du développement intellectuel, les jouissances- morales 
sont aussi dans cette même raison. Il y a balance. — L'homme 
inintelligent a moins de besoins , moins de souffrances ; mais il a 
peu de jouissances. Balance aussi. — Mai» celui-ci végété, tandis 
que celui-là vt/. — Entre les deux situations, Phésitation est elle 
possible? 



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— 36 — 



doute, mais non épouvantable. La vapeur et l'électri- 
cité auront causé plus de bouleversements. 

Un papier-monnaie, une monnaie métallique, l'un 
et l'autre sans valeur intrinsèque, il est vrai, mais re- 
présentant l'un et l'autre soit une valeur immobilière, 
soit une valeur mobilière, garantis d'ailleurs par les 
gouvernements et les nations, n'est-ce pas à ces moyens 
qu'on se hâterait de recourir? — Dès lors, qu'y au- 
rait-il de foncièrement changé ? 

Ce qu'il y aurait de vraiment remarquable dans la 
révolution qui se produirait, c'est l'augmentation de 
valeur des immeubles et de certains meubles, c'est la 
restitution aux campagnes d'une foule de bras qui 
leur sont malheureusement enlevés par les villes, c'est 
l'élévation du salaire des ouvriers agriculteurs , leur 
instruction plus solide, et par suite le rendement plus 
considérable des productions du sol. — On ne revien- 
drait pas au temps des patriarches; on arriverait au 
temps où chacun mangerait de bon pain, sans mélange 
de féveroles. 

Peut-être trouvera-t-on qu'il était inutile d'appuyer 
ainsi sur les conséquences possibles de la solution du 
problème alchimique. Telle n'est pas notre opinion. 
Les 400 millions, en moyenne, que les placers de la 
Californie et de l'Australie versent chaque année dans 



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— 37 — 

la circulation, le numéraire de la France (le plus fort 
de l'Europe, environ trois milliards), ces deux faits 
parlent haut. Ne disent-ils pas clairement que, si la 
pierre philosophale n'avilit jamais les métaux nobles, 
les métaux nobles peuvent s'avilir eux-mêmes?.. . 
N'est-il pas bon, dès lors, de prévoir une révolution 
financière, si lointaine qu'elle soit, et d'y parer?... 

XIV 

La Fontaine des Amoureux de Science a été un peu 
négligée jusqu'ici. Il est grand temps de penser à elle. 

Le mérite littéraire de ce poëme n'est pas grand. A 
côté de quelques beaux vers, un grand nombre de pi- 
toyables. — La littérature du xv« siècle n'est pas bril- 
lante; elle n'est que curieuse. Il semble que les xm* 
et xiv e siècles aient, à leur singulier profit, dépouillé 
le xv e de ses richesses poétiques. Le xv e siècle ne 
compte guère qu'un seul vrai poète : Charles d'Or- 
léans. Et, chose notable, peut-être celui-ci ne dufeil 
qu'à sa longue captivité en Angleterre son immense 
supériorité sur la plupart des poètes, ses contempo- 
rains. Vivant dans leur milieu (1), il en eût pris sans 

(i) Ch. d'Orléans naquit en 4594. Il fut fait prisonnier par les 
Anglais à la désastreuse bataille d'Azincourt (4445). B ne recourra 



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— 38 — 



doute plus d'un défaut. A quelque chose malheur est 
bon. Littérairement, la Fontaine des Amoureux de 
Science ne se distingue point des autres poèmes du 
xr* siècle. 

Son mérite scientifique n'est pas, non plus, extraor- 
dinaire. Il serait difficile de faire de l'or par les pro- 
cédés (1) que recommande l'auteur. Quels sont ces 
procédés? Après les avoir lus et médités, on ne les 
connaît pas mieux que devant. Une obscurité toute 
hermétique les enveloppe, suivant les prescriptions 
des maîtres. 

Le grand mérite, à nos yeux, de ce poème souvent 
insipide, est d'avoir eu pour auteur un alchimiste, 
nommé Jean de la Fontaine. Au xvii* siècle, il y eut 
un autre alchimiste portant le même nom. — Est-ce 
Jeu du hasard que ce La Fontaine, alchimiste au xv* siè- 
cle, et ce La Fontaine, alchimiste au xvn'P N'y au- 

ia Jtberlé qu'en 4440, après les cûaféreaoeft de Graaelkes, et «pou- 
rut en 4465. — Homme politique, Ch. d'Orléans est inférieur au 
poète. Il lui manquait ce flegme, sans lequel les plus robustes aua- 
tités peuvent devenir des défauts. 

(4) Zachaire, loc. mt*t., les appelait javec raison « madifictes 
récentes, ou (pour parler plus proprement) décentes. » H y fut 
« par ung temps , dit-il , plus enuelopé et enfermé que oncques 
Dedalus ne fusi en son Laberynthe. » Heureux, toutefois t puis- 
fne, • la fin, il s'en tira a sa propre sati sfacti on. 



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— 39 — 



rait-il, dans cette coïncidence, qu'une apparence d'en- 
seignement? — La Fontaine l'Ancien chercha, vrai- 
semblablement, toute sa vie, la pierre philosophale. 
Il ne la trouva pas. — La Fontaine le Jeune ne la cher- 
cha jamais, et la trouva. 

Ceci ne prouve-t-il pas que la pierre philosophale, 
— non plus que la fortune et la vraie gloire , — ne 
veut être trop violentée ? 



Longny et Tourouvre [Orne), août 4864. 



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LA FONTAINE 

DES 

AMOVREVX DE SCIENCE 



e fut au temps du mois de May, 
Qu'on doibt fouïr dueil et esmay, 
Que ientray dedans vng vergier 
Dont Zephirus fut iardinier. 
Quand deuant le iardin passoye, 
le n'egtois pas vestu de soye, 
Mais de pauures draps maintenu, 
Pour n'apparoir en public nu. 
Et m'esbattant auec désir 
De chasser loing mon desplaisir, 
Ouy vng chant harmonieux 
De plusieurs oyseaux gratieux. 




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— 42 — 



Adonc ie regarday l'entrée 
Du iardin, qui estoit fermée. 
Mais comme ma veuë estima, 
Zephirus tost la defferma ; 
Puis se retira, par effect 
* Monstrant qu'il n'auoit cela faict. 

Et quand ie vis celle manière, 
le me tiray vng peu arrière, 
Et en après entray dedans. 
Du iour n'auois mangé des dents ; 
I'auoye grand soif et grand faim, 
Mais portois auecq moy du pain 
Qu'auois gardé vne sepmaine. 

Lors apperceu vne fontaine 
D'eaue très clere, pure et fine, 
Qui estoit soubs vne aubespine. 
Ioyeusement empres m'assis, 
Et de mon pain soupes y fis; 
Puis m'endormis, après mangier, 
Dedans ce gratieuxvergier; 
Et, selon mon entendement, 
le dormy assez longuement, 
Pour la plaisance que prenoys 
Estant au songe que songeois. 
Or pourrez scauoir de mon songe, 
Et s'après le trouuay mensonge. 



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— 43 — 



Il est vray qu'il me fût aduis 

Que deux bell's dames au cler vis, 

Semblables à filles de roy 

Au regard de leur noble arroy, 

Vers raoy s'en vindrent doulcement ; 

Et ie les salue humblement, 

En leur disant : « Illustres dames, 

» Dieu vous sauf et de corps et d'ames I 

» Plaise vous à moy vos noms dire; 

» Ce ne me vueillez esconduire. » 

L'vne respond par grand plaisance : 

« Amy, i'ay à nom Congnoissance ; 

» ,Voicy Raison que i'accompaigne, 

» Soit par monts, par vaux, par campaigne; 

» Elle te peult faire moult saige. » 

Alors entendant ce langaige, 
Et cuidant estre resueillé, 
D'vng cas fus fort esmerueillô : 
Car issir veis de la fontaine, 
Qui est tant aggréable et saine, 
Sept ruisseaux que veu ie n'auoye, 
M'estant couchié en celle voye, 
Lesquelz m'auoyent si fort mouillé 
Que i'en estoye tout souillé. 
Là s'espandoit l'eaue à foison. 




— 44 - 



Adonc priay dame Raison, 

Qui estoit auecq Congnoissance, 

Me dire la signifiance 

De la fontaine et des ruisseaux 

Qui sont si plantureux et beaux, 

Et à qui estoit le pourpris, 

De tous costez bien entrepris, 

D'arbres et de fleurs odorantes 

Arrousez des eaues courantes, 

En sorte que pareils iamais 

Ne me sembloit auoir veu. — Mais 

Elle me dict tresdoucement : 

a Mon amy, tu scauras comment 

» Va de ce qu'as si grand désir : 

» Escoute moy tout à loisir. 

» En la Fontaine ha vne chose, 
» Qui est moult noblement enclose. 
» Celuy qui bien la congnoistroit, 
» Sur toutes aultres l'aymeroit. 
» Qui la Touldroit chercher et querre, 
» Et puis trouuée mettre en terre 
» Et seicher en menue pouldre 
» Puis arrière en son eau resouldre, 
» Mais que fussent auant parties, 
» Puis assemblées les parties, 
» Qui la terre mettroit pourrir 




— 45 — 



» En l'eaue que la doibt nourrir, 

» H en naistroit vne pucelle 

» Portant fruict à double mammelle, 

» Mais qu'on ostast la pourriture, 

» Dont elle ne son fruict n' ha cure. 

» La pucelle dont ie deuise 

» Si poingt et ard en mainte guise : 

» Car en l'air monte, en hault volant, 

» Puis descend bas, à val coulant; 

» Et en s'en descendant, faonne 

» Faon que nature luy donne. 

» C'est vng Dragon qui ha trois goules 
» Famineuses et iamais saoules. 
» Tout entour de luy chascun rue, 
» L'enuironnant ainsi qu'en rue, 
» Et poursuiuant par forte chasse (4) 
» Tant que grosse coiiure sa face, 
» Que le noircist et si l'englue. 
» Puis le compresse et le merigue. 
» Elle renfante mesmement 
» (Ce se fait amoureusement) 

(I) Dans l'édition donnée par P. Rigaud, Lyon, 1618, on signale cette va- 
riante : 

Mais avant par chaleur on chasse 
Gresse que luy couure la face. 
Et cette autre : 

Mais dessus luy faut que Von chasse, etc. 




— 46 — 



» Plus puissant que deuant grand somme ; 

» Puis le boit comme ius de pomme. 

» Ainsi l'enfant à sa manière, 

» Souuent boit et r'enfante arrière, 

» Tant que plus cler est que christal. 

» Pour vray le fait en est ytal. 

» Et quand il est ainsi luisant, 

» En eaue moult fort et puissant, 

» U pense deuorer sa mère, 

» Qui ha mangié son frère et père. 

» Ainsi comme l'alaitte et couue 

» Le Dragon, fière de sa couue. 

» Sa mère en deux parties part, 

» Que luy aide après ce départ, 

» Et puis la deliure a trois goules 

» Qui l'ont plustost prins que gargoules. 

» Alors est le plus fort du monde; 
» Iamais n'est rien qui le confonde; 
» Merueilleux il est et puissant; 
» Une once en vault cent d'or pesant. 
» C'est vng feu de telle nature 
» Qu'il passe toute pourriture, 
» Et transmue en aultre substance, 
» Quand qu'il attaint à sa semblance; 
» Et guerist maladie toute, 
» Apostume, lèpre, et goutte; 




— 47 — 



» Et és vieulx corps donne ieunesse, 
» Et és ieunes, sens et liesse; 
» C'est ainsi que de Dieu miracle. 
» Ce ne peult faire le triacle, 
» Ne rien qui soit soubz ciel trottué, 
» Fors cecy, qui est esprouué 
» Par les Profètes anciens 
» Et par docteurs Phisiciens. 

» Mais on ne l'ose plus enquerre, 

» Pour peur des seigneurs de la terre ; 

» Oncques mais n'aduint tel meschié, 

» Car ce faire on peult sans pescbié. 

» Moult de Sages si l'ont aymé; 

» Mauldit soit qui l'ba diffamé. 

» L'on ne le doibt onc reueler 

» Qu'à ceulx qui veulent Dieu aymer. 

» Et qui bien ayment, ont victoire 

» Pour seruir Dieu, aymer, ou croire : 

» Car cil à qui Dieu donne espace 

» De viure tant que en quelque place 

» Il ayt celle œuure labourée, 

» Ha de Dieu la grâce impetrée 

» En soy; saches certainement : 

» Dont prier doibt deuotement 

» Pour les saincte hommes qui l'ont mise 

» En escript selon leur deuise; 




— 48 — 



» Philosophes et saincts preud'hommes, 
» Dont ie ne scay dire les sommes; 

• Mais Dieu leur face à tous mercy, 
» Qui ont ouurô iusques icy ; 

» Et ceulx qui ayment la science 

» Dieu leur doint bien et patience. 

» Scauoir doibs que celuy Serpent 

» Que ie t'ay dit premièrement, 

» Est gouuerné de sept Ruisseaux, 

» Qui tant sont amoureux et beaux. 

» Ainsi l'ay voulu figurer; 

» Mais aultrement le vueil nommer : 

» C'est vne pierre noble et digne, 

» Faicte par science diuine, 

» En laquelle vertu abonde 

» Plus qu'en nulle qui soit au monde ; 

» Trouuée est par Astronomie 

» Et par vraye Philosophie. 

» Elle prouient en la montaigne 

* Où ne croist nulle chose estraigne. 
» Scachez de vérité prouuée, 

» Plusieurs sages l'y ont trouuée. 
9 Encores la peult on trouuer 
» Par peine de bien labourer; 
» Des Philosophé est la pierrière 
» Que tant est amoureuse et chière. 
» Aysement on la peult auoir, 



£igiti2 



— 49 — 



» Et si vault mieux que nul auoir. 
» Mais peine auras moult endurée 
» Deuant que tu l'ayes Irouuée; 
» L'ayant, n'auras faulte de rien 
» Qu'on trouue en ce monde terrien. 
» Or' reuenons à la fontaine 
» Pour en scauoir chose certaine. 

» Celle fontaine de valeur 
» Est à vne dame d'honneur, 
» Laquelle est Nature appellée, 
» Qui doibt estre moult honorée : 
» Car par ell' toute chose est faicte, 
» Et s'elle y fault, tost est deffaicte. 
» Long temps ha que fust establie 
» Celle Dame, ie vous affie : 
* Car aussi tost que Dieu eut faicts 
» Les Elemeps qui sont parfaicts, 
» L'Eaue, l'Air, la Terre et le F$u, 
» Nature en tout parfaicte feu. 
» Sans Nature, ne peut plus crois tre 
» Dedans la mer la petite oistre; 
» Car Nature est mere à la ronde 
» De toutes les choses du monde, 
t Noble chose est que de Nature. 
» Moult y bien appert à figure 
» De l'homme, que Nature ha faicte; 

4 



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— 50 — 



» En quoy de rien ne s'est meffaicte. 
» Aussi fait-il en plusieurs choses 
» Qui par Nature sont descloses : 
» Oyseaux, arbres, bestes, fleurettes, 
» Du tout par Nature sont faictes; 
» Et ainsi est-il des metaulx, 
» Qui ne sont pareils ny esgaulx ; 
» Car par elle mesme se font 
» Dedans la terre bien profond : 
» Desquelz plus à plein conteray 
» Quand Nature te monstreray, 
» Laquelle ie veulx que tu voye, 
» Affin que mieux suyue sa voye 
» Et son sentier en la tienne œuure : 
» Car il fault que la te descœuure. » 

Ainsi que tels propos tenoit, 

le veis Nature qui venoit. 

Et alors, sans faire delay, 

Droict encontre elle m'en allay 

Pour la saluer humblement. 

Mais certes tout premièrement 

Vers moy feit inclination, 

Me donnant salutation. 

Lors Raison dict : « Voicy Nature ; 

» A l'aymer mets toute ta cure. 

» C'est elle que te fera estre 

» De son ouurage prudent maistre. » 




— 51 — 



le l'escoutay diligemment : 

Et elle se prit saigement 

A me demander d'où festoyé 

Et qu'en ce liu là ie queroye, 

€ar il estoit beaucoup sauuaige, 

Et pour les non clercs plein d'ombraige. 

.« Dame, di-ie, par Dieu de cieulx, 

» le suis venu ci, comme cieulx 

» Qui ne scait en queir part aller 

» Pour bonne aduenture trouuer. 

» Mais ie vous diray sans attente 

» Et en brief propos mon entente. 

» Vn moult grand Prélat yey iadis 

9 Scauant, clerc, prudent et subtils, 

» Qui parloit en commun langaige, 

» Ainsi que faict maint homme saige, 

» Du scauoir de la medicine 

» Qu'il faisoit tres-haulle et tres-digne, 

» En demonstrant ses excellences 

» Par moult grandes expériences; 

» De Philosophie et science (4) 

» Deuigoit en grand reuerence; 

» Bien auoit esté à l'escolle. 

» Alors fus mis en vne colle 

9 Ardente d'apprendre et scauoir 

(O MU. «618: 

Des Philosophes et leur science. 



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— 52 — 



» Chose meilleur 1 que tout auoir, 

» Et de luy demander m'aduint 

» D'où premier la science vint; 

» S'on escript où la rencontra* 

» Et qui fut cil qui la monstra. 

» Il me respondit sans delay 

» Par ces propos que vous diray. 

» Science si est de Dieu don, 

» Qui vient par inspiration. 

» Ainsi est science donnée 

» De Dieu, et en l'homme inspirée ; 

» Mais auecq ce apprend on bien 

» A l'escolle par son engien. 

» Mais auant qu'onc lettre fust veuë 

» Si estoit la science sçeuè' 

» Par gens non clers, mais inspirez, 

» Qui doibuent bien estre honorez : 

» Car plusieurs ont trouué science 

» Par la diuine sapience. 

» Et encor est Dieu tout puissant 

» Pour donner à son vray seruant 

» Science telle qu'il luy plaist : 

» Dequoy à plusieurs clers desplaist, 

» Disans qu'aulcun n'est suffisant 

• S'il n'a esté estudiant; 

» Qui n'est maistre és arts, ou docteur, 




— 53 — 



» Entre clers reçoit peu d'honneur. 

» Et de ce les doibt on blasmer 

» Quand aultruy ne sçauent louer. 

» Mais qui bien punir les vouldroit, 

» Les liures oster leur fauldroit. 

» Là seroit science faillie 

» En plusieurs clers, n'en doubtez mie; 

» Et pas ne le seroit és laiz 

» Qui font rondeaulx et virelaiz, 

» Et qui sçauent metrifier, 

» Et plusieurs choses, que mestier 

» Font à maintes gens à deliure, 

» Qu'ils ne trouuent pas en leur luire. 

» Le charpentier, et le masson 

» N'estudient que bien peu, non; 

» Et si font aussi belle vsine 

» Qu'estudians en Medicine, 

» En Loix, et en Théologie, 

» Pour auoir practiqué leur vie. 

» Dés lors fus grandement espris 
» D'emploïer du tout mes espris, 
» Tant que par vraye expérience 
» Auoir peusses la congnoissance 
» De ce que maint homme désire 
» Par grâce du souuerain sire. » 
Mon conte, Raison et Nature 



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— 54 — 



Bien escoutaient, ie vous asseure. 

Puis à Nature di : a Madame, 

» Helas, tousiours de corps ét d'ame 

» Suis en trauail, voulant apprendre 

» Science, où ne puisse mesprendre, 

» Pour auoir honneur en ma vie, 

» Sans ce que nul y ait enuie : 

» Car tout mon bien ie vueil acquerra, 

» Comme les laboureurs de terre; 

» La terre fouïr et houër, 

» Et puis la semence semer, 

» Comme font les vrays laboureurs, 

» Qui sont leurs biens et leurs honneurs. 

» Et pour cela prier vous vueil 

» Que vous me dictes de voz vueil, 

» Comme on nomme celle fontaine 

» Qui tant est amoureuse et saine » 

Elle respond : « Amy, de voir, 
» Puis que desirez le scauoir ; 
» Elle s'appelle, pour le mieux, 
» La fontaine des amoureux. 
» Or te doibt-il estre notoire 
» Que depuis Eue, nostre mere, 
» l'ay gouuerné tretout le monde, 
» Si grand comme il est à la ronde. 
» Sans moy ne peult chose régner, 




— 55 — 



» Si Dieu ne la veult inspirer. 
» Moy, qui suis Nature appellée, 
» I'ay la terre enuironnée, 
» Dehors, dedans, et au milieu; 
» En toute chose prins mon lieu, 
» Par mandement de Dieu le Père; 

• De toutes choses ie suis mere; 
» A toutes ie donne vertu ; 

» Sans moy n'est rien, ne oncques fu 

• Chose qui soit soubs ciel trouuée, 
» Qui par moy ne soit gouuernée. 

» Mais puis que tu entens raison, 
» le te vueil donner vng bel don, 
» Par lequel, si tu veux bien faire, 
» Tu pourras Paradis acquerre, 
» Et en ce monde grand* richesse, 
» D'on te pourra venir noblesse, 
» Honneur et grande seigneurie, 
» Et toute puissance, en ta vie. 
» Car en ioye tu l'vseras, 
» Et moult de nobles faictz verras 
» Par celle fontaine et cauerne 
» Qui tous les sept metaulx gouuerne. 
» Es en viennent, c'est chose claire. 
» Mais de la Fontaine suys mere, 
» Laquelle est doulce comme miel, 
» Et aux sept Planètes du ciel 



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— 56 — 



» Comparée est : scauoir, Saturne, 

» Iupiter, et Mars, et la Lune, 

» Le Soleil, Mercure et Venus : 

» Entends bien, tu y es tenus. 

» Les sept Planètes que i'ay dict, 

» Accomparonô sans cohtrediét 

» Aux sept metaulx venans de terre, 

» Qui tous sont faicts dVne matière. 

» L'or entendons par le Soleil, 

» Qui est vng métail sang pareil ; 

» Et puis entendons pouf Yârgènt 

» Luna, le métail noble et geiit. 

» Venus pour le cuiure entendons, 

» Et aussi c'est moult bien son nom. 

» Mars pour le fer, et pour Yestain 

» Entendons Iupiter le sain ; 

» Et le plomb pour Saturne en bel 

» Que nous appelions or mesel. 

» Mercurius est vif argent, 

» Qui a tout le gouuernement 

» Des sept metaulx : car c'est leur mere, 

» Tout ainsi que si les compère, 

» Qui les imparfaits peut parfaire. 

» Après le te veulx remetraire. 

» Or entends bien que ie dfray, 
» Et comme ie déclarera^ 




— 57 — 



» La fontaine à dame Nature, 
» Que tu vois cy près en figure. 
» Si tu sçais bien Mercure mettre 
» En œuure, comme dit la lettre, 
» Medicine tu en feras, 
» Dont paradis puis acquerras, 
» Auecques l'honneur de ce monde, 
» Où grand planté de bien abonde. 

» Sçauoir doibs par Astronomie 
» Et par vraye Philosophie, 
» Que Mercure est des sept metaulx 
» La matière, et le principaulx : 
• Car pjur sa pesanteur plombasse, 
» Se tient soubz terre en vne masse, 
» ( Nonobstant qu'elle est volatiue 
» Et és âultres moult conuersiue) 
» Et est soubz la terre trouuée, 
» Tout ainsi comme est la rousée. 
» Et puis en l'air du Ciel s'en monte, 
» (Moy, Nature, le te raconte) 
» Et si après peuli concepuoir 
» Qui en yeult medicine auoir 
» Mercuriale en son vessel, 
» Le mettra dedans le fournel 
» Pour faire sublimation, 
» Qui est de Ûiett vng noble don, 



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— 58 — 



» Laqnétie ie te veuk monstrer 
» A mon ponuoir, et figurer. 
» Car si ne fais pure corps et ame, 
» la ne feras bonne amalgame, 
» tfaussi bon paracheuement. 
» Mets y donc ton entendement. 

« Or entends si tu veulx sçauoir 

» ( Mieux vault bon sens que nul auoir) : 

» Pren ton corps et en fais essay ; 

» Comme aultres ont faict, bien le scay. 

» Ton esprit te fault bien monder, 

» Ains que puisses incorporer. 

i» Si faire reulx bonne bataille, 

» Vingt encontre conuient sans faille (4), 

» Et si ton corps ne peult destruire 

» Vingt, à ce pas il faut qu'il meuire (meure). 

» Si est la«fcataille première 

» De Mercure très-forte et fiere ; 

» Après rendre luy conuient faire, 

• Ançois qu'on n'en puist rien attraire. 

» Quand à ton vouloir entrepris 

» Rendu sera, lors estant pris, 

» Si tu en veuhc auoir raison, 

» L'enfermeras dans la prison 

(i) Edit. 1648, Lyon, P. Rigaud : 

« Vingt contre tept convient sans faille. » 




— 59 — 



» D'où il ne se puisse bougier. 
» Mais d'vng don le doibs soulagier, 
» Ou pour toy rien ne vouldra faire 
» Tant que luy feras le contraire ; 
» Et si faire luy veulx plaisir, 
» Il le te conuient eslargir, 
» Et remettre en son premier estre, 
» Et pour ce seras tu son maistre : 
» Aultrement sçauoir bien ne peulx 
» Ce que tu quiers et que tu veulx. 
» Mais par ce point tu le sçauras, 
» Et i tout ton plaisir viendras, 
» Mais que tu faces de ton corps 
» Ce dont te fais cy le recors. 

» Faire doibs doncq, sans contredict, 
» Premier de ton corps vng esprit, 
» Et l'esprit réincorporer 
» En son corps sans point séparer. 
» Et si tout ce tu ne sçais faire, 
» Si ne commence point l'affaire. 

» Après ceste coniunction, 

» Se commence opération, 

» De laquelle, si tu poursieux, 

» Tu auras la gloire des cieulx. 

» Mais tu doibs sçauoir, par ce liure, 



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— 60 — 



» Que moy Nature te deliure, 

»> Que le Mercure du Soleil 

» N'est pas à la Lune pareil : 

» Car tousiours doibt demourer blanche 

» Pour faire chose à sa semblance ; 

» Et celuy qui au Soleil sert 

» Le doibt ressembler en appert ; 

» Car on le doibt rubifier : 

» Et ce est le labeur premier. 

» Et puis assembler les peult on, 

» Comme i'ay dict, en la fasson 

» Cy-deuant que tu as ouye, 

» Qui te doibt trouuer en l*ouye. 

» Et si ce ne sçauois entendre, 

» En ton labeur pourrais mesprendre, 

» Et à l'aduenture perdrois 

» Long temps, et en vain l'vserois : 

» Et s'à mon dict sçais labourer, 

» Seurement y peulx procéder. 

» Or as tu vng point de ceste owwre 
» Que moy Nature te descœuure. 
» Si te fault, par bonne raison, 
» Faire après congélation 
» Et de corps et d'esprit ensemble, 
» Tant que Tvng à l'autre ressemble; 
>' Et puis te conuient, par bon sens, 



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— Gl — 



» Séparer les quatre elemeng, 
» Lesquelz tous nouueaulx tu feras» 
» Et puis en œuure tu metras. 
» Premier tu doibs le feu extraire 
» Et l'air aussi pour cest affaire, 
» Et les composer en après : 
» Ce te dy cy par mots exprès 
» La terre et l'eaue, d'aultre part, 
» Sèment moult bien à celuy art, 
» Et ainsi fait la quinte essence (4) ; 
» Car c'est de notre faict la cence (%). 
• Quand tu as les quatre trouuez 
» Et l'vng de l'autre séparez, 
» Ainsi comme ay dit par dessus, 
» Ton faict sera demy conclus. 

» Or peulx procéder; moïennant 
» Que tu faces ce que douant 
» le t'ay en ce chapitre dit, 
» Tu le mettras au four petit (3) : 

(1) Variantes : 

Et aussi fait la quinte essence. 

Et en faisant la quinte essence. 

(2) Variante : 

C'est de notre faict la science. 

(3) Variante : 

Le mettras au four vng petit. 



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— 62 — 



» Cela s'appelle mariage 

» Quand il est fait par homme sage; 

» Et aussi c'est moult bien son nom. 

» Or entendez bien la raison : 

» Car masculin est fort liable 

» Auecq féminin amiable. 

» Et quand purs et netz sont trouuez, 

» Et l'vng auecq l'aultre assemblez, 

» Génération est certaine, 

» Si que c'est vne œuure hautaine 

» Et qui est de grande substance. 

» Ainsi est-il, d'autre semblance, 

» De maint homme et de mainte femme 

» Qui ont bon loz et bonne famé, 

» Par leurs enfans qu'ils scauent faire, 

» Dont chaceun doibt priser l'affaire; 

» D'oyseaulx, de bestes et de fruicts. 

» Aultrement prouuer ie le puis : 

» Mettez d'vng arbre la semence 

» En terre pour bonne science ; 

» Après la putréfaction, 

» En viendra génération. 

» Par le froment le peulx sçauoir, 

» ( Qui vault mieux que nul aultre auoir) : 

» Semant vng grain, en auras mille. 

» Là ne fault estre moult habile. 

» Ne oncques ne fut créature 




— 63 - 



» Qui dire peult à moy, Nature : 
» Naissance ay prins sans te cercher, 
» Et ne doibs rien me reprocher. 
» Et ainsi des metaulx est il, 
» Dont Mercure est le plus subtil. 
» Quand il est mis dedans son corps 
» Que ie t'ay dit en mes records, 
» Il le conuient énamourer 
» De son pareil, puis labourer. 
» Mais ains qu'à fin puisse venir, 
» D'ensemble les fault despartir. 
» Mais après celle despartie, 
» Se Rassemblent, ie vous affie. 
» La fois premier est fiansaille, 
» Et la seconde Pespousaille; 
» A la tierce fois par droicture 
» Assemblés en vne nature, 
» C'est le mariage parfaict, 
» Auquel gist trestout nostre faict. 
» Or entens bien comme i'ay dit, 
» Car pour vray en rien n'ay mesdit : 



« Dans le four est mis, ou son corps, 

• Que ie t'ay dit en mes records, 

• Et de ce faire il est moult prest, 

• Ainsi que verras cy après, 

• Là luy conuient énamourer 
» Son pareil, et puis labourer. 



(i) Variant*: 




— 64 — 



» Quand tu les auras sépare?, 

» Et peu à peu bien reparez, 

» En après les Rassembleras, 

» Et l'vng auecq l'aultre mettras, 

9 Mais te soutienne en ta leçon 

» Du proverbe que dit Catoo ; 

» L'homme qui list, et rien n'entend, 

» Semble au chasseur qui rien ne prend. 

» Si apprens donc à bien entendre, 

» Affin que ne puisses reprendre 

9 Les hures, ne les bons facteurs, 

9 Lesquelz sont parCaicU entendeurs. ; % 

9 Car tous ceulx qui nostrç œuure blasaient 

» Ne la congnoissent, wis difl&nent; 

» Celuy qui bien nous entendront 

» Moult tost à nostre ceuure viendrait; 

» Plusieurs fois a esté ouurôe 

» Et par philosophé esprouuée. 

» Mais plusieurs gens tenu? pour sages 

» La blasment, (dont ils sont folages), 

» Et chascun les en doibt hUsow, 

9 Qui a sens en soy sans amer. 

9 Mais louer doibt on bien et bel 

9 Tous ceulx qui ayment tel ioïel, 

9 Et qui le pensent à trouuer 

9 Par peine de bien labourer, 

9 Et doibt on dire : c'est bien faiot; 




i 

— 65 — 

» Los mérite leur bel effect. 

» Or auons nous dict vne chose 

» Qu'il fault que briefuement desclose : 

» C'est que, si bien procéder veulx, 

» Tu faces l'vnion des deux, 

» Tant que fiancez puissent estre 

» Ou vaissel qui en sçait bien l'estre; 

» Et puis pour ton faicl séparer 

» Le te conuient bien ordonner. 

» Et pour t'en dire la façon, 

» Ce n'est que résolution 

9 Laquelle te faict grand mestier, 

» Se poursuiuir veulx le mestier ; 

» Elle doibt le compost deffaire, 

» Ainsi que tu en as affaire. 

» Quand tu verras la terre seiche, (4) 

» Eaue du ciel fay qu'elle leiche, 

» Car ils sont de mesme nature. 

» Laboure doncques par droicture. 

» C'est raison qu'ell' soit abreuuée ; 

» Et de moy sera gouuernée. 

» Or t'ai-ie dit, sans rien mesprendre, 

(4) Variante: 

« Tant que ehascun à part luy soit. 

» Et puis aïant la terre soif 

» De Veaue du ciel par droicture, 

• (Car ils sont tout d'une nature) 

• Cest raison qu'ell' soit abreuuée. 



— 66 — 



» Comme Ion corps peult ame prendre, 

» Et comme les fault despartir, 

» Et l'vng d'auecq laultre partir. 

» Mais la despartie, sans doubte, 

» Est la clé de nostre (Buure toute. 

» Par le feu elle se parfaict ; 

» Sans Juy Fart seroit imparfaict. 

» Aulcuns dient que feu n'engendre 

» De sa nature, fors que cendre; 

» Mais, leur reuerence sauuée, 

» Nature est dans le feu entée : 

» Car si Nature n'y estoit, 

» Iamais le feu chaleur n'auroit ; 

» Et si prouuer ie le voulois 

» Le Sel en tesmoing ie prendrais. 

» Mais quoyl.. Nous lairrons ce propos, 

» Et aultre dire voulons loz. » 

Et quand ce parler entendis, 
Le mot en mon cueur escripuis, 
Et dis : « Noble Dame d'arroy, 
» Vueillez vng peu entendre à moy ; 
» Et reuenons à ces metaulx, 
» Dont Mercure est le principaulx, 
» Et me faictes, vous et Raison, 
» Aulcune déclaration, 
» Ou de vostre faict suys abus 




— 67 — 



» Pour ce que dict auez dessus: 

» Car vous voulez que ie éefface 

» Ce que i'ay faict de prime face, 

» Et expressément vous le dites; 

» le ne sçay si ce sont redîtes, 

» Ou si parlez par paraboles ; 

» Car ie n'entens point vos eseholee. » 

c Amy, ce respondit Nature, 

» Dy, comme entens tu le Mercure 

» Que ie t'ay cy douant nommé? 

» le t'ay dit qu'il est enfermé, 

» Encores que souuent aduient 

» Qu'en plusieurs mains il va et vient. 

» Le Mercure que ie te lo, 

» Surnommé de Mercurio, 

» C'est le Mercure des Mercures ; 

» Et maintes gens mettent leurs cures 

k De le trouuer pour leur affaire : 

» Car ce n'est Mercure vulgaire. 

» Sans moy tu ne le peux trouuer ; 

» Mais quand tu en vouldras ouurer, 

» Moult te fauldra estre autentique 

» Pour paruenir à la practique, 

» Par laquelle pourras auoir 

» De noz faictz vng très grand sçauoir. 

» Les metaulx te fauldra congnoistre 

» Ou ton faict ne vauldra vne oistre. 



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— 68 — 



» Or, pour entendre mieulx la guise, 
» le te diray où l'œuure est mise ; 
» Mesmement où elle commence, 
» Si tu es filz de la science. 
» Et cil qui y veult paruenir, 
» Fault qu'à ce point sache venir, 
» Ou riens ne vauldra son affaire, 
» Pour labeur qu'il y sçache faire. 
» Pour ce nomraé-ie la fontaine, 
» Qui tant est amoureuse et saine, 
» Mercure, ceiuy vray surgeon, 
» Qui cause est de perfection. 

» Or entens bien que te diray. 
» Car pour vray riens ne mesdiray : 
» Geluy Mercure sans pareil 
» Peulx tu trouuer ou le Soleil, 
» Quand il est en sa grand'chaleur 
» Et qu'il fait venir mainte fleur : 
» Car après fleurs viennent les fruicts. 
» Par ce point prouuer ie le puis, 
» Et encore par cent manières 
» Qui sont à ce fait moult legieres; 
» Mais cestuy-cy est le principe 
» Et pour cela le te recite. 
» Certes ie ne t'ay abusé : 
» Car pour voir il y est trouué. 




» Et s'en Lima veulx labourer 
» Autant bien l'y pourras trouuer, 
» En Saturne, et en Iupiter, 
v » Et en Mars, que ie nomme Fer. 
» Dedans Venus et en Mercure 
» On peult bien trouuer la plus sure ; 
» Mais, quant à moy, ie l'ay trouré 
» Au Soleil, et puis labouré; 
» Et pour ce t'en ay faict ce Hure 
» Que tu m'entendes à deîiure. 
» Dedans Luna sçaches de voir, 
» Ay-ie prins mon premier auoir. 
» Encore dy ie aux entendeurs 
» Que c'est tout vng de deux labeurs, 
» Excepté rubifiement, 
» Qui sert au Soleil noblement. 
» Et plus dire ne t'en sçauroye, 
» Si la pratique ne monstroye. 
» Et celle ne te puis retraire 
» Sinon que tu le voyes faire. 
» Mais ayes bien en ta mémoire 
» Ce que ie t'ay dit, c'est notoire (4). 
» Estant à résolution, 
» Faire doibs inhibition : 

(OEdiMWS: 

Ce quê ie fay dit ixuqu'à ire. 



— 70 — 



» Mais ne commence point à faire 
» Ce que i'ay dit sur tel affaire 
» Si n'as probation du faict 
» D'auoir bien resouls l'imparfaict* 
» Et si tu peulx passer ce pas, 
» Recorpore-le par compas, 
» En reuenant au faict premier ; 
» L'aultrô ne fut que messagier. 
» Véoir le peulx évidemment 
» Comme se faict legierement. 
» Par plus brief tu ne peulx venir 
» Au plus fort de ton aduenir ; 
» Et si tu l'entons, pour certain 
» Tu ne laboureras en vain. 
» Et après ce labeur cy faict, 
» Te fault refaire le deffaict. 
» Putréfaction est, pour voir, 
» Dont il doibt naistre grand auoir : 
» En ce point cy gist la mestrise 
» Auquel tout nostre faict s'attise ; 
» Et quoy que t'aye dit douant, 
» Icy gist tout le conuenant. 
» Dans le four est mis l'appareil ; 
» Tu en doibs auoir vng pareil, 
» Car germe fault premier pourrir, 
» Qu'il puisse dehors terre yssir. 
» Mesmes la semence de l'homme, 




— 71 — 



» (Que pour probation te nomme), 
» Se pourrit au corps de la femme 
» Et deuient sang, et puis prent ame. 
• Biais en forme de créature, 
» Ce secret cy te dict Nature. 

» Car vne chose en debura naistre, 
» Qui sera bien plus que son mestre (4), 
» Pour allaicter les quatre enfans 
» Qui sont desià venus tous grans, 
» Lèsquelz Elemens sont nommez 
» Et l'vng de l'autre séparez. 

» Or as-tu cinq choses ensemble 
9 Et l'vne à l'autre bien ressemble ; 
» Aussi n'est-ce qu'une substance 
» Toute d'vne mesme semblance. 
» Là doibt l'enfant manger sa mere 
» Et après destruire son pere. 
» Fleur et laict et fruict auecq sang 
9 Conuient trouuer en vng estang. 

9 Or regarde dont le laict vient, 
9 Et que là sang faire conuient. 
» Si ce ne sçay considérer 

(1) Bdit. 1618 : 

Que sçaura bien plus que son maistn. 




— 72 — 



» Tu pers ta peine à labourer ; 

» Et si tu me sçay bien entendre, 

» Si laboure sans plus attendre ; 

» Car tu as passé le passage 

» Où demeure maint fol et sage ; 

» Là, te peulx vng peu reposer, 

» Après commence à labourer 

» Et poursui tant que face issier 

» Fruict parfaict, qu'on nomme Elixier; 

» Car par œuure sciencieuse 

» Se faict la pierre précieuse, 

» Des Philosophes le renon, 

» Qui en sçauent bien la raison ; 

» Et n'est ioyel, ne mal auoir, 

» Qui puisse cell'pierre valoir. 

» Si ses effects veulx que ie die, 

» Guarir peult toute maladie ; 

» Aussi par ses très nobles faicts, 

» Parfaict les metaulx imparfaicts, 

» Et ne faict plus chose du monde 

» Fors ceste où grand vertu abonde. 

» A merueilleux faicts est encline ; 

» Pour tant la nommons medicine ; 

» Et de toutes les aultres pierres, 

» Que maints princes tiennent pour chieros, 

» Nulle peult tant resiouir l'homme, 

» Que ceste-cy que ie te nomme. 




» Et pour ce ie t'en fais mémoire 
» Que tu le tiennes pour notoire : 
» Car sur toutes pierres du monde, 
» Vertu dedans la nostre abonde ; 
» Et pour ce doibt faire debuoir 
» De gaigner vng si noble auoir. 
» Si tu me veulx bien ensuiuir 
» A ce poinct pourras aduenir. 

» Âpprens bien, si feras que sage. 
» Car ie t'ay dit jà tout l'vsage; 
» Au four tu le pourras bien veoir 
» Auquel doibt estre ton auoir : 
» Faisant par vng certain atour, 
» De putréfaction le tour. 
» Plus t'ay appris que de ces pars 
» Ton œuvre demeure en deux pars 
» De ce rien plus ne te diray 
» Iusques en toy veuë i'auray 
9 Seruice pourquoy te le die; 
» Car aultrement feroy folie. 
» Mais quand tu l'auras deseruy, 
» En briefs motz ie te I'auray dy; 
» Pource ne m'en demande plus ; 
» le n'ay que trop dit du surplus. » 

Et quand i'eus entendu Nature 



— 74 



Que de parler plus n'auoit cure 



Moult tendrement prins à plouref, 
Et dis : « Noble dame d'arroy, 
» Vueillez auoir pitié de moy 
» Ou iamais ne seray deliure 
» De ce qu'ay trouué en vng liure. 
» Dites moy, Dame noble et bonne, 
» L'aduance, si ferez aumosne. ». 

Lors respondit : « Plus n'en scauras, 
» Tant que desseruy tu l'auras. » 
— « Hélas, dis-ie lors, Dame chiôre, 
» Vueillez moy dire la manière 
» Comment le pourroy desseruir; 
» Car à tousiours vous veulx seruir 
» Loyaument, sans ailleurs penser. 
» le ne vous puis recompenser * 
» Ne augmenter vostre richesse* 
» Seruice vous feray sans cesse, 
» Si me donnez tant noble auoir 
»» Que des vostres me recepuoir. » 

Âdonc Nature respondit : 
« Fils, tu sçay ce que ie t'ay dit; 
» Mais si me croy, d'ore en auant 
» Pourras bien estre plus sçauant. » 



Pour ses ouurages 4ecktirer, 




- 75 — 



— « Dame, dis-ie, par Dieu des Cieui*, 

» le voudrois bien e6tre cieulx 

» Qui doibt seruir pour tel affaire, 

» Tout son viuant, sans rien mefifeire : 

» Vueillez »oy donc vos plaisirs dire, 

» Car ie ne veulx rien contredire. » 

Lors dit Nature : « Sans mesprendre, 

» Beau fils, il te conuient apprendre 

» A congnoistre les sept metaulx, 

» Dont le Mercure est principaulx ; 

» Leurs forces, leurs infirmité* 

» Et variables quatitez. 

» Après apprendre te ctoluient 

» Dont soulphre, «el, et nuyte vient* 

» De quoy nous te toisons aiemofe, 

» Qui té fera raestier ênoore. 

» Moult est le soulphre nécessaire, 

» Et si te donra prou à faire. 

» Sans sel ne peulx mettre en éthtl 

>» Vtile chose pou* ton faict. 

» D'huyle tu as meétëèr moult grttttt; 

» Sans luy ne feras fatet flagrant. 

» De ce te doy bien aouuenir 

» S'à nostre œuure veulx patufcnir. 

« Vng mot te diray, or l'entend, 
» De quoy tu seras bien content : 



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— 76 — 



» Vng métal en vng seul yaissel 
* Te conuient mettre en vng tourne!. 
» C'est Mercure que ie t'expose, 
» Et si n'y fault nulle aultre chose. 
» Mais, pour l'abrègement de l'œuure, 
» De poinct en poinct te le descœuure. 

» Or te vueil ie dire de l'or, 
» Qui des metaulx est le thresor, 
» Il est parfaict ; nul ne l'est plus 
» De ceulx que i'ay nommé dessus. 
» La Lune l'est, et ne l'est mie; 
» De vray ie le te certifie. 
» Il n'y a qu'vng métal au monde, 
» En qui nostre Mercure abonde, 
» Et si est en tous sept trouué; 
» Moult bien ay cecy esprouvé. 

« L'or est chaud et sec par droicture; 
» La Lune est froide en sa nature ; 
» Saturnus est pesant et mol ; 
» En ce peult il ressembler Sol; 
» Plusieurs clers de parler ignel, 
a Le veulent nommer or mesel. 
» Venus bien la Lune ressemble 
» En paix et en forger ensemble. 
» Mercure froid et humide est; 




— 11 — 



» Tesmoing est lupin qui en naist. 
» Mars est dur, et pesant, et froid ; 
» Des aultres tous c'est le conroit. 
» Soit leur nature dure ou tendre, 
9 II les conuient tous sept comprendre, 
» Comme les ay nommez dessus, 
» Et congnoistre bien leurs vertus : 
» Et par ce poinct après feras 
» De Mercure ce que vouldras. » 
— a Las, dy-ie, Dame, il sera faict. 
» Dites moy l'aduance du faict, 
9 Et comment pourray retraicter 
» Ce qu'ay veu en vostre vergier. 
9 Car oncques mais puis que fus né, 
9 le ne fus tant énamouré 
9 De chose nulle de ce monde . 
9 le croy que vertu y abonde : 
9 le le tiens pour secret de Dieu, 
» Qui reuelé soit en ce lieu. » 
Lors dit Nature : « Tu dis voir, 
9 Et c'est du monde tout l'auoir ; 
9 Car de ma fontaine prouient 
9 Grand'richesse, d'où l'honneur vient 
» Au monde en diuerse manière. 
» A plusieurs suis comme minière. 
9 Et pource que tu es venu 
t Icy sans aulcun reuenu, 




— 78 — 



9 Et que tu as volonté bonne 

» De labourer comme personne, 

» Désirant bon-heur rencontrer, 

» L'aduance ie te vueîl monstrer. 

» Dit t'ay au chapitre notoire 

» ( le ne sçay si en as mémoire), 

» Qu'en deux parties gist ton œuure* 

» Moy Nature le te descœuure. 

» Fay ton soulphre penetratif 

» Par feu deuenir attractif ; 

» Et puis lui fay manger sa mère, 

» T'auras accomply nostre a&rire. 

» Mets la mere au ventre à Penfant, 

» Qu'elle ha enfanté par-deuant ; 

» Puis si sera et pere et fils, 

» Tout parfaict de deux esperits 

» Pour vray il n'en est aultre chose, 

» Fors ce que cy ie t'en expose; 

» Et si tu y veulx adiouster 

» Chose estrange, ou administrer 

» Soulphre, sel, huyle, n'aultre riens, 

» Pour voir, ton faict ne vauldra riens. 

» Car terre si ne peult porter 

» Aultre fruict qu'on y veult semer. 

» Créature faict créature 

» Et beste, beste à sa nature; 

» Ainsi est de toutes semences. 




» Tiens ce propos de mes sciences. 
» Beau fils, ne dy que ce soit gale : 
» Il fault que tout monte et anale 
» Par vng chemin moult gralieox, 
» Moult plaisant et moult amoureux ; 
» La nostre eaue pure ordonnée (4) , 
» Tout ainsi va que la rosée. 
» En l'air du Gel la fault monter, 
» Et puis doulcement aualer 
» Par vng tresamoureux sentier, 
» Lequel on doibt bien retraicter. 
» En la descente qu'elle faict, 
» Enfante le soulphre parfaict; 
» Et si à ce poinct peulx venir, 
» Tu peulx bien dire sans mentir 
» Que d'or pourras avoir sur terre 
» Grande quantité sans meffaire. 
» Car si toute la mer estoit 
» De métal, tel qu'on le vouldroit, 
» Cuyure, Argent vif, Plomb ou Estain, 
» Et tu en misses vng seul grain 
» Dessus, quand seroit eschauffée, 
» Il en soudroit vne fumée 
» Qui mentoit merueilleux arroy ; 

0) Edition 1648 : 

La voye i'ay preordormée 
Tout entement que de rosée. 



— 80 — 



» Et après se tiendrait tout coy ; 
» Et puis quand seroit appaisée 
» La fumée, et tout accoisée, 
» La Mer trouueroit plus fin or, 
» Que nul roy ayt en son thresor. 

» Or vueil au propos retourner 
» Que deuant, pour bien gouuerner : 
» Quand ton soulphre sera mangié, 
» Ton Mercure mortifié, 
» Tien le en prison quarante iours ; 
» Et puis tu verras tes amours ; 
» Et Dieu t'en laisse si bien faire, 
» Que Paradis puisses acquerre. 
» Tu vois icy bien ordonnée 
» La prison que ie t'ay nommée ; 
» Par foy la te baille en figure. 
» Or te souuienne de Nature, 
» Qui t'a voulu administrer 
» Si noble don, et reueler 
» La science tresadmirable 
» Et en ce monde vénérable. 
» Àultrement ne peult eslre faicte 
» La pierre que ie t'ay retraicte. 
» Voy doncques bien les escriptures 
» De nos Hures, où par figures 
» Demonstrée est ceste science, 




— 81 — 

i 

» Qui est la fleur de sapience : 
» Vraye chose sans nulle fable, 
» Trescertaine et tresveritable. 
» Le dessoubs si est tout semblable 
» À ce qui est dessus muable, 
» Pour perpétrer à la fin close 
» Miracle d'vne seule chose. 
» Comme de seule chose furent, 
» Et par la pensée d'vng creurent 
» Toutes les choses que sont nées, 
» Si nos œuures sont d'vng créées. 
» Le beau Soleil en est le pere, 
» Et la Lune la vraye mere ; 
» Le vent en son ventre le serre ; 
» Sa nourrice si est la terre ; 
» Le pere est du thresor du monde ; 
» Et grant secret icy se fonde : 
» Sa force si est toute entière. 
» Quand il retourne en terre arrière, 
» Sépare la terre du feu 
» Par engin et en propre lieu ; 

* Et doulcement le gros despart 
» Du subtil, que tiendras à part. 

» Lors montera de terre és cieulx, 

* Et descendra deuant tes yeulx, 
» Receuant vertu souueraine 

» Âuecq sa force terrienne. 

6 



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— 82 — 



» Ainsi paruiendras à grand 1 gloire, 

» Par tout le monde ayant victoire ; 

» C'est des forces toute la force. 

» Là où maint se peine et efforce, 

» Les subtiles choses vaincras 

» Et les dures transperceras. 

» Merueilles sont moult conuenables, 

» Dont auons les raisons notables. » 

Mon nom est Iehan la Fontaine. 
Trauaillanl n'ay perdu ma peine; 
Car par le monde multiplie 
L'œuure d'or que i'ay accomplie 
En ma vie, par vérité, 
Grâces à Saincte Trinité, 
Qui de tous maux est medicine 
Vraye, et par effect la plus fine 
Qu'on peult en aulcune part querre, 
Soit en mer, soit en toute terre, 
Et du métal impur l'ordure 
Chasse, tant qu'en matière pure 
La rend : c'est en métal tresgent 
De l'espèce d'or ou d'argent. 

L'œuure se faict par ce moyen ; 
Et si n'y fault nul autre engien ; 
Selon mon petit sentiment 




— 83 — 



Le trouue véritablement. 

Pource veuil-ie nommer mon Hure, 

Qui dit la matière, et deliure 

L'artifice tant pretieux : 

La fontaine des amoureux 

De la science tres-utile, 

Descripte par mon petit stile. 

Faict fut par amoureux seruage 
Lorsque n'estoye ieune d'aage 
En Tan mil quatre cent et treze, 
Que i'auoye d'ans deux fois seize. 
Comply fut au mois de Ianuier, 
En la ville de Montpelier. 

FIN DU MANUSCRIT 

Dans l'édition de Lyon, Pierre Rigaud, 4648, on lit ce 
qui suit : 

QUELQITVN ADIOUSTE 
Ci finist Iean de la Fontaine 
Qui, tenant icelle œuure hautaine, 
Gomme vn don de Dieu tres-secret, 
Doit faire tout homme discret. 

Tout l'art qui est de si grand prix 
Peut estre en ces deux vers compris : 

Si fixum soluas, faciasque volare solutum, 
Et volucrem figas, faciet te viuere tutum. 



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BALADE 



DV SECRET DES PHILOSOPHES 



Qui les deux corps yeux anijner, 
Et leur Mercure hors extraire, 
L'ardant d'iceux bien sublimer, 
L'oysel Tolant après retraire : 
L'eau te conuient par art detraire 
Des deux vnis parfaitement, 
Puis le mettre en vas circulaire, 
Pour fruict auoir tres-excellent. 

Le Pellican faut permuer : 

De son vaissel ne me puis taire : 

N'oublie pas le circulier 

Par feu subtil de tres-bon aire : 



— 86 — 



Luy fuyant te faudra fixfaire, 
Et le fix encores volant, 
Dont viendra par temps luminaire, 
Pour fruict avoir tres-excellent. 

Pas ne fais ce sans altérer 
Nature, par voye contraire : 
Car autrement ne peux muer 
La substance, et teincture faire. 
Enfin luy faut electuaire 
D'autre corps noble et transparent : 
Nature est commun exemplaire 
Pour fruict auoir tres-excellent. 

Prince, cognois de quel agent 

Et patient tu as affaire, 

Pour fruict auoir tres-excellent. 

(Edit. 4648). 



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NOTES 



Note 4 . — Nous devons relever une légère erreur bibliographique 
qui s'est glissée dans l'ouvrage de M. Figuier. (Alchimie, p. 87.) 

Il attribue à Pierre le Bon le curieux livre intitulé : Prttiosa 
Margarita. Ce livre n'est autre chose qu'an recueil de quelques phi • 
losophes hermétiques. On y trouve , il est vrai , les rationes contrà 
artm et les rationee pro or te, de Pierre le Bon (p. 4 à 45o) ; mais 
on y trouve aussi des extraits d'Àrnauld de Ville-Neuve , YEpitome 
de Raymond Lulle, des extraits du Lumen Luminum de Rhasès , des 
extraits d'Albert, de saint Thomas , etc. ; enfin la dissertation de 
Michel Scot, sur la nature du soleil et de la lune (p. 456 à 205). 
L'auteur de ce recueil est Ianus Lacinius. — Au surplus, en voici 
le titre exact (M. Brunet le donne incomplètement) : 

« Pretma Margarita novella de Thesauro , ac pretiosissimo philo- 
lophorum lapide. Artis huius diuinœ typus, et methodut : Colleetanea 



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— 88 — 



tx Amaldo, Bhaymundo, Bhasi, Alberto, et Michaete Scoto, per lanum 
Lacinium Calabrum, nunc primum, cum lucupletissmo indice, in lucem 
édita. (Ancre aldine.) Cum priuilegio Pmli III. Pont. Max. et Senafus 
Veneti ad annos decem. m. d. xlvi. — A Pavant-dernier feuillet, on 
lit : Venetiis, apud Aldi film, m. d. xxxxyi. — Au dernier, verso, te 
▼oit une deuxième Ancre aldine. — Dans l'introduction, 22 figure» 
bizarres. 

« On ne trouve que difficilement ce volume en bon état , » dit 
Brunet. C'est vrai. Des deux exemplaires que nous en possédons, 
l'un n'est pas plus que l'autre agréable à l'œil. (Nous ménageons 
les termes). 

L'importance du livre est exposée au feuillet ij de l'introduc- 
tion. 

PIERIYS ROSEVS CANDIDO LECTORI 

Hoc opus kwnano tristem de corpore morbnm 

PropeUH, bilis quem mate sana parti : 
Servarique docet pulchro cwn flore wueniam ; 

Et senti placidos usque videre dies. 
Si qui* imssa ferai dits adspirantibus ; omnem, 

Quam simulakit, ouans pauperim fugiet : 
Bic latitans mberis poterit succurrere egenie 

Et supplées magno reddere nota Ioui. 

« Qui n'a pas ce livre, dit plus bas le même Pieriu* Roseus au 
candide lecteur, — qui n'a pas ce livre, n'a tien. » Voilà quai 




— 89 — 



est le style de la réclame au xvi« siècle. 11 a progressé ; le lenteur 
aussi. 

Il ne faut pas confondre la Preiiosa Uar ganta , recueil alchimique, 
avec 1a Margariia philosophie*, vaste et pédantesque encyclopédie , 
émaiUée de figures abracadabrantes, et dont le premier feuillet , 
verso, s'orne aussi d'une jolie réclame : 

Io. SCHOTTDS ARGENTINEN. LECTOM. S. 

Hanc eme, non pressant mendaei stigmate, Iïctor : 
Phiribue ast auctani perlege, éooius tri$. 

Basile», mdxvii. 

Le chap. 25, liv. 9, de la Margarita philosophica roule sur la 
transmutation métallique. La figure qui décore ce chapitre repré- 
sente un philosophe-souffleur dans l'exercice de ses fonctions. Un 
soufflet à la main, le malheureux s'acharne après son fourneau. 

L'auteur ne se montre pas très-favorable aux alchimistes ; il les 
traite un peu de haut en bas : « Alieni auri cupidi , dit-il. Smper 
disantes , et nunquam ad scientiam veritatis peruenientes... Si scientiœ 
huius sécréta noscerent,... pauperibus bene facerent, nec aliorum opibus 
indigerent. » Ce raisonnement est assez juste. 

Note 2. — Le Tombeau de Semiramis, (Paris, 4689), indique la 
manière d'employer la pierre philosophale dans les maladies. « La 
dose de cette médecine est d'un grain ou deux suivant l'âge et les 
forces du malade , mêlés dans du vin chaud, ou bien dissous dans 
une cuillerée de sa propre quintessence, et il en faut prendre de trois 
jours Tun. A l'égard des maladies externes comme playes, ulcère», 



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— 90 — 



fistules, gangrenés, chancres, etc. , il en faut prendre tous les jours, 
ou de deux jours l'un , un grain dissous dans du vin , et avec le 
raesme vin laver ou seringuer la partie affectée , mettant dessus la 
playe une lame de plomb avec une ligature convenable. — C'est là 
l'usage interne , et externe de ce grand remède , pour l'acquisition 
duquel il faut invoquer le pere des lumières , le priant d'un cœur 
et d'une affection pure , qu'il éclaire ton entendement. Alors tra- 
vaille comme il faut, assiste les pauvres, n'abuse point des dons de 
Dieu, aye la Foy, et sois homme de bien. Ainsi soit-il. » (p. 40). 
— « Ces médecines, dit Poleman, transmuent les esprits des té- 
nèbres, c'est-à-dire les maladies qui ne sont autre chose que les 
précurseurs de la mort ténébreuse, en esprits de lumière, tels 
qu'ils estoient auparavant , lorsque l'homme estoit en santé, et par 
ce renouvellement des forces dissipées, le rétablit dans sa première 
vigueur. » (Eod. loe.). 

La lame de plomb, dont il est parlé plus haut, appliquée sur 
une plaie , devait quelquefois produire un excellent effet , lorsque 
la plaie était restreinte. Mais si la plaie était large et la lame pro- 
portionnée à la plaie, il devait souvent résulter de l'application de 
celle-ci des coliques saturnines terribles. Pour savoir à quoi s'en 
tenir sur ce dernier point, il faudrait connaître les ingrédients dont 
se composait la médecine administrée à l'intérieur : — - Ce que l'au- 
teur ne dit pas clairement. 

Note 5. — Nous avons dû omettre un grand nombre des idées 
singulières émises par les alchimiitei. Cependant, en voici une qu'il 
nous parait bon de mentionner. L'auteur de cette idée est Nicolas 
de Locques, • médecin spagyrique de Sa Majesté. » 



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— 94 — 



Nicolas de Locques s'est préoccupé des maladies des métaux. II 
les a décrites; il en a signalé les causes. 

L'oxydation des métaux, leur combustibilité, leur frangibilité, 
leur opacité, leur volatilité, leur fusibilité, etc., sont des maladies. 
Le vert-de-gris est une maladie du cuivre ; la rouille, une maladie 
du fer, etc. [Les Rudiments de la Philosophie naturelle, Paris, 4665, 
chap. XI ). 

Nicolas de Locques n'était pas embarrassé, comme on voit, pour 
se créer une vaste clientèle. Il eût été fâcheux que sa recette fût adirée. 

Note 4. — Il est à remarquer que certains philosophes hermé- 
tiques (ce sont quelquefois les plus obscurs ), ont la prétention 
d'écrire avec une limpidité parfaite, a I'ay escrit en ce livre, dit 
Àrtéphius, la vérité nuëment, la vestissant neantmoins de quelques 
petits haillons, afin que tout homme de bien et sage puisse cueillir 
heureusement de cest arbre philosophique les pommes admirables 
des Hesperides. Et partant loûé soit Dieu treshaut, qui a mis cette 
bénignité en nostte âme, et auec vne vieillesse treslongue, nous a 
donné vraye dilection de cœur, par laquelle il me semble que i'em- 
brasse, chéris, et vrayement ayme tous les hommes. » {Le secret 
liuu du tresancien philosophe Artéphius, etc. Paris, 4642, p. 28 ). 

L'auteur du Filet cPAriaane ( Gaston le Doux ) , dit qu' « On ne 
peut pas parler plus nettement, plus sincèrement, plus intelligible- 
ment ni avec plus d'ordre que lui. » ( Avertissement, p. 5. Paris, 



« le ne cacheray rien , dit Basile Valentin , et diray tout ce que 
la diuine Prouidence me permettra de déclarer. » ( Révélation des 
Teintures, etc., Paris, 4646, p. 9. ) 



4695 ). 




- 92 — 



Glsûbsr dit ; « Pour moy, ie me sert d'vn stile simple et naïf, 
et ne cherche que l'vtilité de mon prochain. C'est pourquoi i'ay 
mieux aimé me servir de la prolixité des paroles, laquelle est en- 
nuyeuse aux oreilles délicates, que de la brieueté, laquelle est ordi- 
nairement obscure, quoy qu'elle soit ornée des* figures de la rhéto- 
rique. » (La \ TB partit de l'œuvre minérale, etc., Paris, pré- 
face , p. 5 ). — - Glauber donne un échantillon de son style, simple 
et aah% à la p. 89 de son liv, (3 e partie) : ■ L'Alchimie, dit «-il , 
est vue pensée, imagination, intuition, par laquelle le» espace* des 
métaux passent d'vne nature eu l'autre... » 

Les alchimistes eussent bien dû dire ce qu'ils entendaient par la 
clarté d» ttyU. Leur définition n'eût pu manquer de piquer la curiosité. 

Ce qui n'est pas moins curieux, c'est qu'ils s'accusent réciproque- 
ment d'obscurité. Peut-être n'en est-il pas un qui ne traite ses) 
prédécesseurs de bouteille à l'encre , et qui ne soit traité de même 
par ses successeurs. 

Note 5. -<•* M. Figuier cite, p. 59, un grand nombre de tfce* de 
livres spagyriques , tous phis bisarres les uns que les autres. En voici 
un plus bizarre peut-être; (c'est, en même temps, une réclame) : 

t Premier extrait d'un livre intitulé Os potable levain, ou Dis- 
cours de l'Or potable levain, Et l'offre faite au public d'e» faire 
de très-parfait et achevé en présence de Messieurs les Notaires, d'un 
témoignage in^procbaWe, et de Deux cens autres illustres Téaieiqs 
qui voudront bien y estre intéressez, aux diverses conditions k choi- 
sir de Deux hjlU&oqs de Livres qu'on en doroands de récompenses 
faciles à accorder eu diverses espaces de temps. — ( Paris, 
in-42. ) 



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— 93 — 



Le Privilège du Boy, qu'on voit à la fin du volume, apprend que 
Fauteur se nomme Philippe Andrenas, Seigneur d'Aubigny et d'Ar- 
meno, jadis Conseiller du Roy et son Maistre d'Hostel ordinaire. 

Philippe Andrenas déclare qu'il est tout prêt à enseigner sa ma- 
nière de fabriquer Hor potable levain, si Ton veut bien lui payer 
deux millions ; si Ton ne veut acheter que son livre, il se conten- 
tera de « un ou deux loûis d'or, quoy qu'il ne soit pas payé a 
trois cent, nos, parce qu'il luy revient à plus de vingt-cinq mil 
écus, et à plus de huit années d'estudes. » (P. 40.) 

On ne sait comment qualifier un pareil livre. — - 11 est dédié : 
« A la Très~Sainte Vierge Marie, mère de Dieu. » 

Note 6. — Parmi les alchimistes anciens, un seul nous a paru plus 
sage que tous les autres. Aussi lui accordons-nous une mention hono- 
rable. Cet alchimiste est YEccellentissimo Dottore, $ Caualiero Léo- 
nardo Fiorauanli, de Bologne. Dans son Compendium des Secret* ra- 
tionnels, il dit s'être livré à toutes les pratiques alchimiques, sauf 
deux, dont il ne s'est jamais mêlé, dont il ne se mêlera jamais, et 
vers lesquelles son esprit ne l'a jamais porté : il n'a jamais cherché 
à faire de l'or, ni même de l'argent. « Nell arte akkimica, dit- il, 
mi son semupre affatieato in tutte le sue operationi, eceetlo in due eose, 
le quali non ho mai cercato, ne tentato di /are, ne mai me ne uenvto 
uoglia, e sono quesle, cioè di fare oro, et argento (i). » Un alchimiste 
qui n'a jamais tenté de faire de l'or, n'est-ce pas une merveille?... 
Au moment où Fioravanti écrivait son livre, il est probable que 
quelque alchimiste venait d'être tout frais pendu au gibet doré, 

(I ) Del Compendio de Secreti rationali, etc. Venetia, 4597, lib. 8, cap. 44. 



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TABLE 



INTRODUCTION 4 

LA FONTAINE DES AMOUREUX DE SCIENCE 44 

BALADE DU SECRET DES PHILOSOPHES 85 

NOTES 87 



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LIBRAIRIE POULET-MALASSIS ET DE BROISE 

ÉDITEURS 

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tournures de notre ancienne langue sont mis en re- 
gard de* tournures et des mots de l'idiome percheron, 
M. Ach. Geûty fait toir «rue le percheron a dû être, en 
quelque sorte, le prélude de la langue des xn% xin* 
et xiv* siècles, et au'on doit Le «ensidérer comme 

étant réellement la tangue française primitive » 

{L'Ami de» Livres, août 1 861 ). 



CHANSONS SUR LÀ RÉGENCE ; trois chansons attribuées au Ré- 
gent. Avec une Introduction sur le rôle social de la Régence et 
du règne de Louis XV, par Ach. Gentt . 

LA FONTAINE DES AMOVREVX DE SCIENCE, composée par 
Iehan de Là Fontaine, de Valenciennes, en la comté de Henault, 
POEME HERMETIQVE DV XV* SIECLE. Avec une Introduction 
et des notes, par Ach. Gentt. 



LES SONNETZ DE NICOLAS ELLAIN, parisien (4584), avec une 
Introduction sur la littérature et les mœurs littéraires au xvi e 
siècle, par Ach. Gentt. 

Chaque série ae composera ue SIX volumes 



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